SCÈNE IV
GRANGER, GHARLOT, l'AOUIER GRAXGER
Que lu demeures plus longtemps ici? Vite, Chariot, il
faut partir. Songe à l'adieu dont tu prendras congé des dieux Foyers, protecteurs du toit paternel; car demain l'Aurore porte-safran ne se sera pas plutôt jetée des bras de Tithon dans ceux de Céphale, qu'il te faudra fier à la discrétion de Neptune guide-nefs. C'est à Venise où je t'envoie: Tuus enim patruus (i) m'a mandé qu'étant orbe (2) d'hoirs mâles, il avait besoin d'un personnage, sur la fidélité duquel il pût se reposer du maniement de ses facultés. Puis donc que tu n'as jamais voulu t'abreuver aux marais fils de l'ongle du Cheval emplumé (3), et que la lyrique harmonie du savant meurtrier de Python (4) n'a jamais enflé ta parole, essaie si, dans la marchandise, Mercure aux pieds ailés te prêtera son caducée. Ainsi, le turbulent Eole te soit aussi affable qu'aux pacifiques nids des alcyons! Enfin, Chariot, il faut partir !
(1) En effet, ton oncle...
(2) Privé.
(3) La fontaine de l'Hippocrène que Pégase fit jaillir d'un coup de sabot.
(4) Apollon, vainqueur du serpent Python.
CHARLOT Pour où aller, mon père?
GRANGER A Venise, mon fils.