‹ Cyrano de BergeracChapitre 63 sur 94 · Al l lu: MONDE · texte numérisé non relu

Al l lu: MONDE

roi

— El moi, répondit mon Démon, je trouve d'apparence en son opinion.

dites-moi, ce chou dont vous parlez n' est-il connue vous un être existant île la nature? Ne V pas tous deux pour mère également f E -mble-t-il

qu'elle ait pourvu plus nécessairement à celle du que du raisonnable, puisqu'elle a remis ! ition d'un

homme aux caprices de son père, qui peut, selon son plaisir, l1 engendrer ou ne l'engendrer pas: rigueur dont cependant elle n'a pas voulu traiter avec le chou; car, au lieu de remettre à la discrétion du père de germer le fils, comme si elle eût appréhendé davantage que la race du chou périt que celle des hommes, elle les contraint, bon gré, mal de se donner l'être les uns aux autres, et non pas ainsi que les hommes, qui ne les engendrent que selon leurs caprices, et qui en leur vie ne peuvent engendrer au plus qu'une vingtaine, au lieu que les choux en peuvent produire quatre cent mille par tête. De dire que la nature a pourtant plus aimé d'homme que le chou, c'est que nous nous chatouillons, pour nous faire rire. Etant incapable de passion, elle ne saurait ni haïr ni aimer personne ; et si elle était susceptible d'amour, elle aurait plutôt des tendresses pour ce chou que vous tenez, qui ne saurait l'offenser, que pour cet homme qui voudrait la détruire, s'il le pouvait.

Il est vrai que nous naquîmes les premiers; mais dans la famille de Dieu, il n'y a point de droit d'aînesse : si donc les choux n'eurent point de part avec nous du fief de l'immortalité, ils furent sans doute avantagés, de quelque autre qui, par sa grandeur, récompensât sa brièveté ; c'est peutêtre un intellect universel, une connaissance parfaite de toutes les choses dans leurs causes ; et c'est aussi pour cela que ce sage Moteur ne leur a point taillé d'organes semblables aux nôtres, qui n'ont qu'un simple raisonnement faible et souvent trompeur, mais d'autres plus ingénieusement travaillés, plus forts et plus nombreux, qui servent à

l'opération de leurs spéculatifs entretiens. Vous me demanderez peut-être ce qu'ils nous ont jamais communiqué de ces grandes pensées?...

Moïse, le plus grand de tous les philosophes, et qui puisait la connaissance de la nature dans la source de la nature même, signifiait cette vérité, lorsqu'il parlait de l'arbre de science, et il voulait sans doute nous enseigner, sous cette énigme, queles plantes possèdent, privativement à nous, la philosophie parfaite. Souvenez-vous donc, ô de tous les animaux le plus superbe ! qu'encore qu'un chou que vous coupez ne dise mot, il n'en pense pas moins. Mais le pauvre végétant n'a pas des organes propres à hurler comme vous; il n'en a pas pour frétiller ni pour pleurer; il en a toutefois, par lesquels il se plaint du tort que vous lui faites, et par lesquels il attire sur vous la vengeance du ciel. Que si enfin vous insistez à me demander comment je sais que les choux ontces belles pensées, je vous demande comment vous savez qu'ils ne les ont point, et que tel d'entre eux, à votre imitation, ne dise pas le soir, en s'enfermant : « Je suis, monsieur le Chou Frisé, votre très-humble serviteur, ChouCabus. »

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