L AUTRE M
nous détruire, enfin L'ennemi juré de tout <-e qui vit ; et de cacher, au contraire, un membre) sans qui nous serions au
rang- de ce qui n'est pas, lu IVométhée de chaque animal, et le réparateur infatigable des faiblesses de la nature! Malheureuse contrée, où les marques de g-énération sont ignominieuses, et où celles d'anéantissement sont honorables! Cependant vous appelez ce membre-là des parties honteuses, comme s'il y avait quelque chose de plus glorieux que de donner la vie, et rien de plus honteux que de l'ôterl »
Pendant tout ce discours, nous ne laissions pas de dîner; et, sitôt que nous fûmes levés, nous allâmes au jardin prendre l'air, et là, prenant occasion de la génération et conception des choses, il me dit :
«. Vous devez savoir que la terre se faisant un arbre, d'un arbre un pourceau, et d'un pourceau un homme, nous devons croire, puisque tous les êtres dans la nature tendent au plus parfait, qu'ils aspirent à devenir hommes, cette essence étant l'achèvement du plus beau mixte, et le mieux imaginé qui soit au monde, parce que c'est le seul qui fasse le lien de la vie animale avec la raisonnable. C'est ce qu'on ne peut nier, sans être pédant, puisque nous voyons qu'un prunier, par la chaleur de son g-erme, comme par une bouche, suce et dig-ère le g-azon qui l'environne; qu'un pource au dévore ce fruit et le fait devenir une partie de soimême, et qu'un homme mang'e le pourceau, réchauffe cette chair morte, la joint à soi, et fait revivre cet animal sous une plus noble espèce. Ainsi, cet homme, que vous voyez, était peut-être, il y a soixante ans, une touffe d'herbe dans mon jardin ; ce qui est d'autant plus probable, que l'opinion de la métempsycose pythagorique, soutenue par tant de grands hommes, n'est vraisemblablement parvenue jusqu'à nous qu'afin de nous engag-er à en rechercher la vérité, comme, en effet, nous avons trouvé que tout ce qui est, sent et vég-ète, et qu'enfin, après que toute la matière est parvenueàce période qui est sa perfection, elle descend et retourne
dans son inanité, pour revenir et jouer de rechef les mêmes rôles. »
Je descendis, très satisfait, au jardin, et je commençais à réciter à mon compagnon ce que notre maître m'avait appris, quand le physionome arriva pour nous conduire à la réfection et au dortoir.
Le lendemain, dès que je fus éveillé, je m'en allai faire lever mon antagoniste.
« C'est un aussi grand miracle, lui dis-je en l'abordant, de trouver un fort esprit, comme le vôtre, enseveli dans le sommeil, que de voir du feu sans action. »
Il souffrit de ce mauvais compliment.
« Mais, s'écria-t-il avec une colère passionnée d'amour ne vous déferez -vous jamais de ces termes fabuleux? Sachez que ces noms-là diffament le nom de philosophe, et que, comme le sage ne voit rien au monde qu'il ne conçoive et qu'il ne juge pouvoir être conçu, il doit abhorrer toutes ces expressions de prodiges et d'événements de nature, qu'ont inventés les stupides, pour excuser les faiblesses de leur entendement. »
Je crus alors être obligé, en conscience, de prendre la parole pour le détromper.
« Encore, lui répliquai-je, que vous ne croyez pas aux miracles, il ne laisse pas de s'en faire, et beaucoup. J'en ai vu de mes yeux. J'ai connu plus de vingt malades guéris miraculeusement.
— Vous le dites, continua-t-il; mais vous ne savez pas que la force de l'imagination est capable de guérir toutes les maladies que vous attribuez au surnaturel, à cause d'un certain baume naturel contenant toutes les qualités contraires à toutes celles de chaque mal qui nous attaque : ce qui se fait, quand notre imagination, avertie par la douleur, va chercher en ce lieu le remède spécifique qu'elle apporte au venin . C'est là d'où vient qu'un habile médecin de votre monde conseille au malade de prendre plutôt un médecin ignorant,