I. Al'lli
urés e( non tremblants, et je comptai mei pa fièrement que, si les hommes avaient pu m'apercevoir de
leur m le, ils m'auraient pris pour ce grand Dieu qui
marche sur l'As nues. Après avoir, comme je crois, cheminé durant quinze jouis, je parvins en une du soleil
moins resplendissante que celle dont je sortais; je me sentis toui ému de joie, el je m'imaginai qu'indubitablement
joie procédait d'une secrète sympathie que mon tardait encore pour son opacité. La connaissance que j'en eus ne me lii point pourtant désister de mon entrep car alors je ressemblais à ces vieillards endormis, lesquels, encore qu'ils sachent que le sommeil leur est, préjudiciable, et qu'ils aienl commandé à leurs domestiqu a n
arracher, sont pourtant bienfâchés dans ce temps-là, quand on les réveille. Ainsi, quoique mon corps s'obcureissait à mesure que j'atteignais des provinces plus ténébreuses, il recontracta les faiblesses qu'apporte cette infirmité de la matière : je devins las et le sommeil me saisit...
C'était une rase campagne tellement découverte que ma vue, de sa plus longue portée, n'y rencontrait pas seulement un buisson; et cependant, à mon réveil, je me trouvai sur un arbre, en comparaison de qui les plus hauts cèdres ne paraîtraient que de l'herbe. Son tronc était d'or massif, ses rameaux d'argent, et ses feuilles d'émeraudes, qui, dessus l'éclatante verdeur de leur précieuse superficie, se représentaient comme dans un miroir les images du fruit qui pendait alentour. Mais jugez si le fruit devait rien aux feuilles ! L'écarlate enflammée d'un gros escarboucle composait la moitié de chacun, et l'autre était en suspens si elle tenait sa matière dune chrysolite ou d'un morceau d'ambre doré; les fleurs épanouies étaient des roses de diamant fort larges, et les boutons, de grosses perles en poires.
Je restai longtemps interdit à la vue de ce riche spectacle, et je ne pouvais m'assouvir de le regarder. Mais, comme j'occupais toute ma pensée à contempler entre les autres
fruits une pomme de grenade extraordinairement belle, dont la chair était un essaim de plusieurs gros rubis en masse, j'aperçus remuer cette petite couronne qui lui tient lieu de tête, laquelle s'allongea autant qu'il le fallait pour former un cou. Je vis ensuite bouillonner au-dessus je ne sais quoi de blanc, qui, à force de s'épaissir, de croître, d'avancer et de reculer la matière en certains endroits, parut enfin le visage d'un petit buste de chair. Ce petit buste se terminait en rond vers la ceinture, c'est-à-dire qu'il gardait encore par en bas sa fjg-ure de pomme. Il s'étendit pourtant peu à peu, et sa queue s'étant convertie en deux jambes, chacune de ses jambes se partagea en cinq orteils. Humanisée que fut la grenade, elle se détacha de sa tige ; et, d'une légère culbute, tomba justement à mes pieds. Certes, je l'avoue, quand j'aperçus marcher fièrement devant moi cette pomme raisonnable, ce petit bout de nain, pas plus grand que le pouce, et cependant assez fort pour se créer lui-même, je demeurai saisi de vénération.
« Animal humain, me dit-il (en cette langue matrice dont je vous ai autrefois discouru (i); après t'avoir longtemps considéré du haut de la branche où je pendais, je crus lire dans ton visage que tu n'étais pas originaire de ce monde ; c'est à cause de cela que j'en suis descendu, pour en être éclairci au vrai. »
Quand j'eus satisfait sa curiosité à propos de toutes les matières dont il me questionna :
« Mais vous, lui dis-je, découvrez-moi qui vous êtes ? Car ce que je viens de voir est si fort étonnant que je désespère d'en connaître jamais la cause, si vous ne me l'apprenez. Quoi ! un grand arbre tout de pur or, dont les feuilles sont d'émeraudes, les fleurs de diamants, les boutons de perles, et, parmi tout cela, des fruits qui se font hommes en un
(i) Langue si logique et si claire que tout homme la comprend, et même tout animal.