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clin d'oeil ! Pour moi, j'avoue qua la compréhension d'un tel le sui passe ma capacif lui suite de cette exclamation, comme j'attendai r< pon
VOUS QC trouver./ pas mauvais, dit-il, étant le roi de
tout le peuple qui compose cet arbre, que je l'appelle pour Eue suivre. »
Quand il eut ainsi parlé, je pris carde qu'il se recueillit en lui-môme. Je no sais si, bandant les ressorts intéri
de sa volonté, il excita hors de soi quelque mouvement qui Ht arriver ce que vous allez entendre; mais tant il qu'aussitôt après tous les fruits, toutes les fleurs, toutes feuilles, toutes les branches, enfin tout l'arbre tomba
en petits hommes, voyant, sentant et marchant, lesquels, comme pour célébrer le jour de leur naissance au moment de leur naissance même, se mirent à danser alentour de moi. Le rossignol, entre tous, resta dans sa figure, 3t ne fut point métamorphosé, il se vint jucher sur l'épaule ie notre petit monarque, où il chanta un air si mélancolique et si amoureux que toute l'assemblée, et le prince nème, attendris par les douces langueurs de sa voix mourante, en laissa couler quelques larmes. La curiosité d'apprendre d'où venait cet oiseau me saisit pour lors d'une lémangeaison de langue si extraordinaire que je ne la pus contenir :
« Seigneur, dis-je m'adressant au roi, si je ne craignais l'importuner Votre Majesté, je lui demanderais pourquoi, •armi tant de métamorphoses, le rossignol tout seul a •ardé son être ? »
Ce petit prince m'écouta avec une complaissance qui maruait bien sa bonté naturelle ; et, connaissant ma curiosité :
« Le rossignol, me répliqua-t-il, n'a point, comme nous, hangé de forme, parce qu'il ne Ta pu. C'est un véritable iseau qui n'est que ce qu'il vous paraît. Mais marchons
vers les régions opaques, et je vous conterai, en chemin faisant, qui je suis, avec l'histoire du rossignol. »
A peine lui eus-je témoigné la satisfaction que je recevais de son offre, qu'il sauta légèrement sur l'une de mes épaules. Il se haussa sur ses petits ergots pour atteindre de sa bouche à son oreille; et, tantôt se balançant à mes cheveux, tantôt s'y donnant l'estrapade :
« Ma foi! me dit-il, excuse une personne qui se sent déjà hors d'haleine. Gomme dans un corps étroit, j'ai les poumons serrés, et la voix, par conséquent, si déliée, que je suis contraint de me peiner beaucoup pour me faire ouïr, le rossignol trouvera bon de parler lui-même de soimême. Qu'il chante donc, si bon lui semble! Au moins, nous aurons le plaisir d'écouter son histoire en musique. »
Je lui répliquai que je n'avais point encore assez d'habitude au langage d'oiseau.
« Eh bien, dit-il, puisque tu le veux, tes oreilles ne seront pas simplement sevrées des belles chansons du rossignol, mais de quasi toute son aventure, de laquelle je ne te puis raconter que ce qui est venu à ma connaissance. Toutefois, tu te contenteras de cet échantillon; aussi bien, quand je la saurais tout entière, la brièveté de notre voyage en son pays, où je le vais reconduire, ne me permettrait pas de prendre mon récit de plus loin. >;
Avant ainsi parlé, il sauta de dessus mon épaule à terre ; ensuite, il donna la main à tout son petit peuple, et se mit à danser avec eux, d'une sorte de mouvement que je ne saurais représenter, parce qu'il ne s'en est jamais vu de semblable. Mais, écoutez, peuples de la terre, ce que je ne vous oblige pas de croire, puisqu'au monde où vos miracles ne sont que des effets naturels, celui-ci a passé pour un miracle ! Aussitôt que ces petits hommes se furent mis à danser, il me sembla sentir leur agitation dans moi, et mon agitation dans eux. Je ne pouvais regarder cette danse, que je ne fusse entraîné sensiblement de ma place,
comme par un vortice qui remuait, de jon môme branle e( de l'agitation particulière «l'un chacun, toutes les parties «lr mon corps : et je sentais épanouir sur mon visage la môme joie qu'un mouvemenl pareil avait étendue sur le leur. À mesure que la danse se serra, L< - dan brouillèrenl d'un trépignement beaucoup plus prompt et plus imperceptible : il semblait que le dessein du ballet fût de représenter un énorme géant; car, à I s'ap-
procher ''i de redoubler la vitesse de leurs mouvements, ils se môlèrentdesi près que je ne discernai plus qu'un grand colosse à jour el quasi transparenl : mes yeux toutefoi virent entrer l'un dans l'autre. Ce fut en ce temps-là que je commençai ii ne pouvoir davantage distinguer la diverles mouvements de chacun, de leur extrême
volubilité, el parce, aussi, que, cette volubilité s'étrécissant toujours à mesure qu'elle s'approchait du centre, chaque vortice occupa enfin si peu d'espace qu'il échappait à ma vue. Je crois pourtant que les parties s'approchèrent encore ; car cette masse humaine, auparavant démesurée, se réduisit peu à peu à former un jeune homme, de taille médiocre, dont tous les membres étaient proportionnés avec une symétrie où la perfection, dans sa plus forte idée, n'a jamais pu voler. Il était beau au delà de ce que tous les peintres ont élevé leur fantaisie; mais ce que je trouvai de bien merveilleux, c'est que la liaison de toutes les parties qui achevèrent ce parfait microcosme se fit en un clin d'oeil. Tels d'entre les plus agiles de nos petits danseurs s'élancèrent par une cabriole à la hauteur et dans la posture essentielle à former une tête ; tels, plus chauds et moins déliés, formèrent le cœur ; et tels, beaucoup plus pesants, ne fournirent que les os, la chair et l'embonpoint, Quand ce beau grand jeune homme fut entièrement fini, quoique sa prompte construction ne m'eut quasi pas laissé de temps pour remarquer aucun intervalle dans son progrès, je vis entrer, par la bouche, le roi de tous les peu-
pies dont il était un chaos. Encore il me semble qu'il fut attiré dans ce corps par la respiration du corps même. Tout cet amas de petits hommes n'avait point encore, avant cela,; donné aucune marque de vie ; mais, sitôt qu'il eut avalé son petit roi, il ne se sentit plus être qu'un. Il demeura quelque temps à me considérer ; et, s'étant comme apprivoisé par ses regards, il s'approcha de moi, me caressa, et, me donnant la main :
« C'est maintenant que, sans endommager la délicatesse de mes poumons, je pourrais t'entretenir des choses que tu j passionnais de savoir, me dit-il; mais il est bien raisonnable de te découvrir auparavant les secrets cachés de notre origine. Sache donc que nous sommes des animaux natifs du soleil dans les régions éclairées, car il y a une différence bien remarquable entre les peuples que produit la Région lumineuse et les peuples du Pays opaque. C'est nous qu'au monde de la terre vous appelez des esprits, et votre présomptueuse stupidité nous a donné ce nom, à cause que,1 n'imaginant point d'animaux plus parfaits que l'homme, et voyant faire à de certaines créatures des choses au-dessus du pouvoir humain, vous avez cru ces animaux-là des esprits. Vous vous trompez toutefois ; nous sommes des animaux comme vous ; car, encore que, quand il nous plaît, nous donnions à notre matière, comme tu viens de voir, la figure et la forme essentielle des choses auxquelles nous voulons nous métamorphoser, cela ne conclut pas que nous soyons des Esprits. Mais, écoute, et je te découvrirai comment toutes ces métamorphoses, qui te semblent autant de miracles, ne sont rien que de purs effets naturels. Il faut que tu saches qu'étant nés habitants de la partie claire de ce grand monde, où le principe de la matière est d'être en action, nous devons avoir l'imagination beaucoup plus active que ceux des régions opaques, et la substance du corps aussi beaucoup plus déliée. Or, cela supposé, il est infaillible que notre imagination, ne rencontrant aucur
obstacle dans la matière qui nous compose, elle !
Ile veut, et, devenue mattresse de tout ■ □ s, elle la Fait ps iser, en remuant toul dans l'ordre nécessaire à constituai en ■■
qu'elle avait formée en petit. Ainsi, chacun «louons s Y-tant imaginé l'endroit et la partie de ce précieux arbre auquel
il se voulait < li uit, par cet effort d'imagination
excité noire matière aux mouvements né duire, nous nous y sommes métamorphosés. Ainsi, mon aigle, avant les yeux crevés, n'a eu, pour se les rétablir, <ju'à s'imaginer un aigle clairvoyant, car toutes nos transformations arrivent par le mouvement. C'est pourquoi, quand «le feuilles, de fleurs et de fruits que nous étions, nous avons été transmués en hommes, tu nous as vus danser encore quelque temps après, parce que nous n'étions pas encore remis du branle qu'il avait fallu donner à notre matière pour nous faire hommes : à l'exemple des cloches, qui, quoiqu'elles soient arrêtées, omissent encore quelque temps après et suivent sourdement le même son que le bâtai 1 causait en les frappant. Aussi, est-ce pourquoi tu nous a vus danser, avant de faire ce grand homme, parce qu'il a fallu, pour le produire, nous donner tous les mouvements généraux et particuliers qui sont nécessaires à le constituer, afin que cette agitation, serrant nos corps peu à peu et les absorbant en un, chacun de nous, par son mouvement, créât en chaque partie le mouvement spécifique qu'elle doit avoir. Vous autres hommes, ne pouvez pas les mêmes choses, à cause de la pesanteur de votre masse et de la froideur de votre imagination. »
Il continua sa preuve, et l'appuya d'exemples si familiers et si palpables qu'enfin je me désabusai d'un grand nombre d'opinions mal prouvées, dont nos docteurs aheurtés préviennent l'entendement des faibles. Alors, je commençai de comprendre qu'en effet l'imagination de ces peuples solaires, laquelle à cause du climat doit être plus chaude, leurs
corps, pour la même raison, plus légers, et leurs individus plus mobiles (n'y avant point, en ce monde-là, comme au nôtre, d'activité du centre, qui puisse détourner la matière dumouvementquecetteimagination lui imprime), je conçus, dis-je, que cette imagination pouvait produire sans miracle tous les miracles qu'elle venait de faire. Mille exemples d'événements quasi pareils, dont les peuples de notre globe font foi, achevèrent de me persuader. Cippus, roi d'Italie, qui, pour avoir assisté à un combat de taureaux, et avoir eu toute la nuit son imagination occupée à des cornes, trouva son front cornu le lendemain ; Gallus Vitius, qui banda son âme et l'excita si vigoureusement à concevoir l'essence de la folie qu'ayant donné à sa matière, par un effort d'imagination, les mêmes mouvements que cette matière doit avoir pour constituer la folie, devint fou. Le roi Codrus, poumonique, qui, fichant ses yeux et sa pensée sur la fraîcheur d'un jeune visage, et cette florissante allégresse, qui regorgeait jusqu'à lui de l'adolescence du garçon, prenant dans son corps le mouvement par lequel il se figurait la santé d'un jeune homme, se remit en convalescence. Enfin, plusieurs femmes grosses qui ont fait monstres leurs enfants déjà formés dans la matrice, parce que leur imagination, qui n'était pas assez forte pour se donner à elles-mêmes la figure des monstres qu'elles concevaient, Tétait assez pour arranger la matière du fœtus, beaucoup plus chaude et plus mobile que la leur, dans l'ordre essentiel à la production de ces monstres. Je me persuadai même que, si, quand ce fameux hypocondre de l'antiquité s'imaginait être cruche, sa matière trop compacte et trop pesante avait pu suivre l'émotion de sa fantaisie, elle aurait formé de tout son corps une cruche parfaite ; et il aurait paru à tout le monde véritablement cruche, comme il se le paraissait à lui seul. Tant d'autres exemples, dont je me satisfis, me convainquirent en telle sorte, que je ne doutai plus d'aucune des merveilles que l'Homme-Esprit m'avait racontées. Il me
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demanda si je oe souhaitais plus rien de lui ; je le de i«'iii Dion cœur. El ensuite il eu1 encore la bonté i conseiller que, puisque j'étais habitant de la U rre, je suite rossignol aux régions opaques du soleil, qu'elles étaient plus conformes aux plaisirs qu'appi nature humaine. A peine eut-il achevé ce discours qu'i ouvert la bouche forl grande je vis sortir du fond de gosier leroi de ces petits animaux, en forme de rossignol. !..> grand Homme tomba aussitôt, h en même temps membres par morceaux s'envolèrent smis la figure d'airossignol, créateur de soi-même, se pench la tête du plus beau d'entre eux, d'où il entonna un air admirable avec lequel je pense qu'il me disait adieu. Le véritable rossignol prit aussi sa volée, mais non pas de leur côté, ni ne monta pas si haut. Aussi, je ne le perdis point d<> vue; nous marchions à peu près de môme force, car, comme je n'avais pas dessein d'aborder plutôt une terre que l'autre, je fus bien aise de l'accompagner, outre que les régions opaques des oiseaux étant plus conformes à mon tempérament, j'espérais y rencontrer aussi des aventuras plus correspondantes à mon humeur. Je voyageai. sur cette espérance, pour le moins trois semaines, avec toute sorte de contentement, si je n'eusse eu que mes oreilles à satisfaire; car le rossignol ne me laissait point manquer de musique; quand il était las. il venait se reposer sur mon épaule; et, quand je m'arrêtais, il m'attendait. A la fin, j'arrivai dans une contrée du royaume de ce petit chantre, qui alors ne se soucia plus de m'accompagner. L'ayant perdu de vue, je le cherchai, je l'appelai, mais enfin je restai si las d'avoir couru après lui vainement, que je résolus de me reposer. Pour cet effet, je m'étendis sur un gazon d'herbe molle qui tapissait les racines d'un superbe rocher. Ce rocher était couvert de plusieurs jeunes arbres verts et touffus dont l'ombre charma mes sens fatigués le plus agréablement du monde et m'obligea de les abandonner au
sommeil pour réparer avec sûreté mes forces dans un lieu si tranquille et si frais.