CHAPITRE IV
Du progrès de la matière, en général.
Méditant sur cette étendue, et nous la représentant à l'esprit distinctement, nous connaissons quelque chose d'extrême, quelque chose qui fait le milieu, et encore qui fait l'autre extrémité que nous distinguons clairement ; ainsi nous reconnaissons des parties dans la matière ; mais, parce que quelqu'une de ces parties étant de rechef examinée, on y fait encore une semblable division, nous jugeons qu'une des premières parties est divisible dans d'autres, et celle-ci encore dans de moindres, parce qu'une de ces parties, si petites qu'on se. les voudra peindre, étant mise sur une surface unie, nous concevons toujours qu'elle ne la touche que d'un côté, quelque effort que nous fassions du contraire. Quand donc nous aurons fait réflexion
(i) Prudence, bien cartésienne aussi.
3l2 CYRANO DE BERGEKAC
sur toutes ces pensées, nous ne nous saurions empêcher de reconnaître la matière divisible à l'infini. Que si nous avons du scrupule à le dire, c'est à cause de la difficulté que nous sentons de notre côté pour faire cette division. Mais, appliquant encore notre esprit sur ces parties de la matière, et observant l'ordre qu'elles tiennent, parce que nous pouvons placer par pensée la première en suite de la dernière, ce que nous concevons la faisant passer par le milieu, ou bien les laissant toutes comme elles sont, de là nous concluons en nous-mêmes que la matière est capable de mouvement, et, par conséquent, capable d'être en tel ordre et en telle posture que nous nous la pourrions imaginer.
Ainsi, les propriétés plus immédiates de la matière sont' d'être divisible, mobile, immobile et figurée... (i).
(i) Nous arrêtons ici le Fragment de Physique, qui se prolonge encore pendant trois chapitres d'une rédaction assez obscure. Cela suffît, il semble, avec Vidée générale de la Physique, à donner une notion juste des coûts scientifiques de Cyrano, déjà avérés, d'ailleurs, par son Autre Monde.