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Alors, il eûl pu vieillir doucement, dignement, plein de jour», choyé, prôné, pensionné :
i.lV1 d'un froc bien raffl Et revêtu d'un doyenné.
Il mourul de chagrin, de misère e( peut-être de fain, ;'< I ou l«- génie achève à peine de mesurer ses forces ••' <lr comprendre la hauteur à laquelle son essor peut s'élever. Pourquoi tenter aussi l;i carrière des lettres, quand on a le malheu]
fK>rter un caractère qui oe sympathise pas avec le monde et une iberté d'Ame incapable d<- souplesse !
One diable allait-il faire dans celle galère? Pauvre Cyrano !
Cbarlbs Nodieji, Donaventare Despériers et Cyrano de Bergerac; 1841).
Après avoir cité la scène de la a galère », dans le Pédant joué, Théophile Gautier continue :
Ne trouvez-vous pas que c'est abuser bien étrangement du privilège des hommes de génie ? Cette scène n'est pas la seule que Molière ait prise à Cyrano : la scène si plaisante des Fourberies de Scapin, où larieuse Zerbinette raconte àGéronte le stratagème
employé pour lui soulever de l'argent, est tout entière dans le même Pédant joué ; elle est encore plus textuellement copiée que l'autre, et tout s'y retrouve, jusqu'à l'interminable ha ha ha hi hi hi de l'égrillarde aventurière. Je ne sais pas ce qu'ont dû dire les Granier-Cassagnac du temps. Ce Pédant joué est, entre autres singularités, la première comédie écrite en prose et où un paysan parle son jargon. — Ce n'est pas le seul emprunt que des hommes d'une très haute réputation aient fait à l'obscur Cyrano de Bergerac : son Voyage à la lune et son Histoire comique des états et e/npires du soleil ont donné à Fontenelle l'idée de ses Mondes, à Voltaire celle de Micromégas,k Swift celle de Gulliver^ et peut-être à Montgolfier l'idée des ballons ; car, entre autres moyens pour aller dans la lune ou le soleil, Cyrano donne celui-ci ; savoir : « de remplir un globe creux et très mince d'un air très subtil ou d'une fumée d'un poids moindre que celui de l'atmosphère. » — Avec cette indication il ne reste pas grand'chose à faire et le véritable inventeur du ballon est, à mon avis, Cyrano de Bergerac et non autre. Parmi les paradoxes ingénieux et les idées philosophiques de la plus haute portée, à travers le
dévergondage de l'imagination la plus effrénée et la plus aventureuse, il est facile de voir que Cyrano possédait a fond les sciences exactes, qu'il savait parfaitement la physique et connaissait parfaitement le système de Descartes; il avait aussi fait une Histoire de l'étincelle, où, en même style qu'il prouvait la lune habitable, il prouvait le sentiment des pierres, l'instinct des plantes et les raisonnements des brutes ; mais un voleur pilla son coffre dans sa maladie, et malheureusement on n'a pu la retrouver. S'il faut en croire son ami, M. Le Bret, cette pièce était bien audessus de tous ses autres ouvrages, et il en déplore la perte amèrement.
Les ouvrages de Cyrano sont un recueil de lettres sur différents sujets qui sont des espèces d'amplifications où la bizarrerie du style le dispute à la recherche des idées ; — c'est le genre pointu et précieux à sa plus haute expression, mais il y brille un feu surprenant et une fécondité d'invention prodigieuse ; ce sont ses juvenalia et les premiers jeux de sa plume ; le Pédant joué, comédie en cinq actes et en prose ; la Mort d'Agrippine, tragédie d'un goût beaucoup plus sévère que tout le reste de ses œuvres, versifiée avec une vigueur toute cornélienne, et où beaucoup de passages approchent de la sublime ironie de Nicomède ; le morceau suivant peut servir d'échantillon :