‹ Cyrano de BergeracChapitre 28 sur 36 · LA VIE DE CYRA.NO DE BERGERAC LVII · texte numérisé non relu

LA VIE DE CYRA.NO DE BERGERAC LVII

de dessoubz son traversin et un sac où il y avoit six cens tant de livres en plusieurs espèces, mit ledit sac entre les mains dudit sieur Desbois avec la clef de son cabinet à laquelle pendoit une autre petite clef qu'il luy dict aussy estre d'une cassette ou armoire où se trouveroient les rentes qu'il avoit sur la Ville, son seul bien, duquel il s'estoit secouru quoique bien malaisément depuis que le grand aage et les maladies l'avoient accueilly. Voulust que ledit sieur Desbois emportast le tout, quelque résistance et raisons qu'il luy en apportast disant persévéramment qu'il avoit trop de sujets d'en user ainsy, que mesme pour ses nécessitez journalières, il ne vouloit plus user de sondit argent que par les mains dudit sieur Desbois, lequel, pour luy donner contentement, laissa argent à l'heure mesme à la servante pour la despense dudit malade qui déclara n'en plus vouloir prendre le soin, et l'ayant ledit sieur Desbois consolé autant qu'il avoit pu, mesme promis de le reveoir tous les jours, ledit deffunt le pria de s'approcher de son lict et luy fit si ample discours, entrecouppé de larmes et de sanglotz sur ses affaires domestiques, et plusieurs secrets intérieurs qui le travailloient, que véritablement il auroit fallu estre inhumain de ne pas condescendre à ce qu'il désiroit et ignorant, de ne pas admirer dans une suitte de circonstances en choses très sensibles la force de son jugement et la bonté de son naturel envers tous ceux qui l'avoient offensé, estant lors si près de son trespas, car enfin les remèdes ne luy portant plus aucun soulagement, il décéda peu de jours après, le dixhuitième janvier M. VIe quarante-huit. »

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