VIII PREFACE
prouve d'ailleurs comment Calvin, l'un des réformateurs, comprenait et pratiquait le libre examen (1).
Terminons cette petite digression, qui n'est pas sans rapport avec notre sujet, en atténuant ce que peut avoir de trop absolu l'appréciation de M. Ducros. Geoffroy Vallée, bien place pour en juger, déclare que la Réforme est à mi-chemin de la foi et de la libre-pensée (2) :
« Le libertin ne croit ni ne nie, ne se fie ni ne doute entièrement, ce qui le rend toujours sceptique ; il peut tomber, s'il est bien instruit, ou s'il médite souvent, à plus heureux port que tous les autres qui croient (pourvu qu'il ait passé par la huguenotcriej, d'autant qu'il est plus élevé en discernement que le papiste... (3) »
Pour ne contrarier personne, ajoutons que Geoffroy Vallée, parce que « pensant librement », n'est pas parole d'Evangile !
Avec Cyrano, le courant libertin va bifurquer: celui représenté par Théophile de Viau, des Barreaux, etc., continuera jusqu'à la lin du siècle avec Lignières, Dehénault, Mme Deshoulières, Chaulieu et La Fare ; l'autre, dont Cyrano prend la tête, se tiendra moins dans le vague des négations ; s'il cherche à détruire If christianisme et toutes les religions, il suggérera timidement des solutions nouvelles, il représentera le fameux espril philosophique imbu d'abstractions, hostile à la tradition
(1) On BMt qut Calvia est mort on 1664. Bu six ans, de 1560 à 1566, il est prononcé ,'i Génère soixante condamnations capitales, poar des crimes divers, mais aussi pour de simples larcins, pour sorcellerie et pour adultère. Des « escholiers » sont pendus et étran-
p ■ 1 1 r avoir volé ds la -oie. des boutons dorés el quelques nus. afin de s'équiper
pour prendre parla la guerre. Due fenu ri on banquier sont noyés pour adultère.
Benri Philîpp< en 1 580, condamné an fouet pour le même motif, fait appel ; son recours «•n grâce lui vaut la peine capitale. Jaoquei Chapelles, « sur ses confessions d'avoir maugréé de Dieu en elicmin et dit qu'il avait mangé le diable et ne pouvait avaler ses
il aulant que, déjà, par ci-devant a été cli.'ilié puni' t • - 1 maugréaient et ne s'est
amendé ». e>t condamné à avoir la langue coupée; doute sorciers Bont brûlés \iN en 1663 I Btc...
(2) M. Ducros n'a pas cité Geoffroy Vallée, mais il partage son opinion : « La me n'a fait qn'entrevoir la vérité, et la vérité, pour M. Ducros, c'est la devise
<pi il prête au wnr siècle Salure, liaison. Humanité, On remarquera l'imprécision de ces trois termes, elle caractérise la mentalité' phi] pliiipue qui ne vit que d'abstractions.
(.'!) La Béatitude des Chrestiens ou le F/èu de la foy.