‹ Cyrano de BergeracChapitre 8 sur 36 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

aussi l'a-t-il cultivé en conséquence. Il n'a rien négligé, à L'imitation de ses aînés, pour scandaliser ses contemporains. Il escomptait d'avance le suffrage des esprits libres en tournant en ridicule le récit du péché originel, maints épisodes de l'Ecriture sainte; en s 'attaquant aux préjugés (?) tels que ceux de l'immortalité de l'âme, du respect dû aux parents par les enfants, etc., et aussi aux Pères Jésuites fort mal vus (1), et déjà en passe de devenir la bêle noire des siècles de lumière qu'il entrevoyait. Il a opéré sur ce dernier terrain, admirablement choisi d'ailleurs, avec un flair prodigieux. Dans une de ses Lettres Satyriques (écartée par lui, et pour cause, de ses Œuvres diverses, 165k): « Contre un jésuite assassin et médisant », dont il indique les initiales: Nicolas B...(2), Cyrano affirme que celui-ci a prêché sa mort « comme une croisade » à ses huit cents écoliers, ajoutant — c'est le cri d'un cœur compatissant — « que des enfants sont trop tendres pour les exhorter au poignard » (3). Sans s'apercevoir de l'absurdité manifeste d'une pareille allégation : enrégimenter huit cents collégiens pour « tuer » un seul homme, il continue ses grossières invectives en rappelant sournoisement la vieille accusation portée contre les doctrines des Jésuites au sujet du régicide : « Je crois que vostre origine est à tous très remarquable, vous autres dont les gestes ont pour monumens les monumens de nos rois ». Derrière cette belle et vertueuse indignation, toute factice, il y avait l'exploitation, à son profit, d'un scandale datant de 1643 (4), et cela

(1) An est de la Cour de Parlement (de Paris) portant défenses à toutes personnes d'user d'aucune» mauvaises paroles ny voyes de faict contre les l'êtes Jésuites, leur mé/aiir ny meedire en quelque sorte que ce soit, sur peine de punition. A Parie, A. Estienne, P. Rocollet et I. Du^dst, lt;j:i, in-8 de 6 pp. chifT. — Cet arrêt vise le fait que certaines personnes poursuivaient tes Jésuites dans la rue en leur reprochant dï-tre cause de la cherté <lu pain pour avoir fait transporter des blés « encore que cette Compagnie ne s'en soit pas meslée ».

(2) Voici les Pères qui portaient le prénom de Nicolas, exerçant au collège de Clermont, de !«»'»- ;« 1649 : Nicolas Nau, professeur de rhétorique, 1639-1645; Nicolas Talon, répétiteur; Nicolas >l Harouys, professeur de quatrième en 1646 et de seconde en 1648.

(:{) Cette accusation est suivie d'une autre non moins précise, m;iis non moins imaginaire : « Vous cajoleries plus aysément \:< conscience d'un brutal desjè tait

an ortre comme celui qui ne manqua mon >ort que d'une journée. Il esloit

homme d'exécution, celuy-lô ; vous lui aviei très bien prouvé qu'un assassinai estoil la seule voie <]<• bc réconcilier avec Dieu : Il vous avoil très bien cru, el si une pistole, dont vous restes chiche, au lien des indulgences et des médailles dont vous le chargeante, eust secondé son courage, l'embuscade prolongée de vingt-quatre heures rour/i-^'iit li- pavé de mon sang... »

(4) On trouvera l'exposé complet de ce scandale fait par Godefrov Bernant, adversaire de la Compagnie de Jésus, en tête de la dite lettre : « Contre un Jésuite assassin et médisant », que nous reproduisons au T. II de cette édition.

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