CHAPITRE IX
légende paiinonienne, la doctrine de Dieu commença à se développer et les chrétiens (1) à se multiplier dans toutes les villes au fur et à mesure que les frontières de la Moravie se dilataient. » Elles s'étaient étendues aussi du côté de la Pologne (2), alors entièrement païenne. Les princes lekhs avaient été obligés de reconnaître la suprématie de Svatopluk. Suivant la vie de Méthode (3), un de ces princes persécuta les chrétiens. Méthode lui envoya des députés pour l'inviter à se faire baptiser, lui annonçant que s'il refusait il y serait contraint par la force ; le barbare refusa. Svatopluk lui déclara la guerre, le fit prisonnier et le fit baptiser par Méthode (4). Ainsi la légende rattache le nom du premier métropolitain de Moravie aux origines chrétiennes de la Pologne, comme à celles de la Bohême, de la Bulgarie, de la Croatie et de la Carinthie. Nous ne savons rien sur les dernières années de Méthode. Suivant la légende pannonienne, il s'occupa à
(Il Le texte dit Ica tondus (strizinci). Il paraît que les nouveaux chrétiens avaient f habitude de se couper les che\eux. 11 est fait mention de cet usage dans une lettie des évèques de Bavière à Jean IX en 900 — Mansi, t. xvn, p. 2o3-2o5.— Ginz., Cod.; Cf. Baron., Ann. eccl.y I, 619.
(2) Cosmas, i, 14, parle des Polonais qui envahirent la Moravie. — Keza, le plus ancien chroniqueur hongrois {Endl. mon. arp.^ i, 4, p. 101), appelle Svatopluk prince de Pologne. — M. Bielowski a relevé les nombreuses analogies qui existeut entre Svatopluk et le Zemowit
'légendaire de la Pologne.
(3) Ch. XI.
(4) Lelewel (Narody na Ziemach Slawianskich) suppose, d'après un passage de Constantni Porphyrogenète, que ce prince s'appelait Vys- ■AC\'d iivj;cCvJ-r.. — Dc Adm. ùnp., ch. xxxui.
traduire l'Écriture avec le concours de deux prêtres copistes habiles . Il est à croire que ce travail fut une simple révision. Il dura six mois , suivant l'hagiographe. Le 29 juin 884, nous le voyons consacrer à Brno (Briinn) une église sous l'invocation de saint Pierre et saint Paul (1), en présence de Svatopluk et d'un peuple innombrable. C'est le dernier acte de sa vie publique. Il nous faut rejeter dans le domaine de la fiction légendaire Fentrevue que Méthode aurait eue avec un chef magyare égaré sur les bords du Danube, par qui il aurait été comblé de présents et d'honneurs, et le récit d'un voyage à Constantinople entrepris par Méthode, à la prière de l'empereur. Ce prétendu voyage est d'une invraisemblance qui saute aux yeux tout d'abord. Comment se figurer que Méthode, après tant d'attaques, au moment où son ennemi mortel Viching l'obligeait à recourir aux armes de l'anathème, ait pu se résigner à quitter son diocèse ? Et cela pour aller saluer Photius, le promoteur du schisme byzantin. Ce voyage était chose assez importante pour ne pas échapper à l'attention des hagiographes , et pourtant il n'est relaté que par la seule légende pannonienne (2).
(1) Ginzel, Codex, p. 89.
(2) Ch. xm. — Cependant, comme c'est une de nos plus graves autorités, peut-être faut-il admettre que Méttiode fut appelé par l'empereur de Byzance, désireux de faire connaîti-e à ses voisins bulgares ( u à ses sujets slaves la traduction des livres sacrés Ce serait dans ce but que l'empereur aurait retenu auprès de lui un prêtre, un diacre et les livies de Méthode. La légende nous parle encore des nombreux dangeis qu'il avait courus dans ses voyages : « Sur lui, dit-elle, s'ac-