‹ Cyrille et MéthodeChapitre 109 sur 142 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tions, les prêtres slaves se réfugièrent en Bulgarie. Le souverain régnant était ce môme Michel Boris à la cour duquel Cyrille et Méthode avaient peut-être séjourné. Instruit de l'arrivée de ces hôtes inattendus , il les accueillit avec la plus vive sympathie, les interrogea sur leurs aventures et prêta une oreille attentive à leurs enseignements. Ceux des fugitifs dont l'histoire a conservé le nom étaient Gorazd, Clément, Sabba, Naum et Angelar. Ce dernier mourut bientôt. Quant aux autres, ils jouèrent un rôle actif dans le pays qui les avait accueillis.

Jusque-là la Bulgarie avait été évangélisée par des prêtres grecs : Boris trouvait Toccasion de la confier à un clergé slave, il en profita. Il donna le titre d'archevêque de Bulgarie à Gorazd, qui fut ainsi dédommagé de la perte du siège de Moravie (1). Les querelles entre Rome et Byzance étaient assoupies : Photius venait d'être déposé pour la seconde fois (2) ; Boris pouvait donc accueillir les disciples de Méthode sans craindre de se compromettre devant la cour jalouse de Constantinople. Avant d'esquisser l'histoire de cette nouvelle Église slave qui va fleurir dans les pays bulgares, il nous faut revenir sur les destinées de l'Église et de l'empire morave.

En 888, après la déposition de Charles le Gros, Arnulf fut nommé roi de Germanie (3). Les relations les

{{) Voyez une ancienne liste des archevêques bulgares, ap. Ducange, Fam. hyz awj., p. 174 : Fopâa^&ç •/.sipoTo^iiôs',; Trapà MsôoVW.

(2) Mansi, xvi, 435; xvin, p. 18.

(3) Ann Fuld ,adann. 887 (Pertz, T,403t.

plus amicales régnèrent d'abord entre le nouveau souverain et son puissant voisin Svatopluk (l).Mais la paix ne pouvait être de longue durée entre deux princes également ambitieux. Arnulf s'assura l'alliance du prince Slovène Brazlav, et appela même à son aide les Magyars qui venaient d'apparaître au pied des Carpathes. La guerre durait depuis trois ans lorsque Svatopluk mourut, en 894 (2). Avec lui tomba la grandeur de la Moravie. Les Moraves oublièrent ses crimes et ses fautes pour ne se rappeler que le degré de puissance et de gloire auquel il avait élevé leur patrie. De merveilleuses légendes entourèrent sa mémoire, et le peuple refusa de croire à sa mort (3). Il disait que, vaincu dans une bataille, Svatopluk s'était retiré auprès des ermites du mont Sabor, où il expiait une injure faite à l'évêque Méthodius (4).

Aujourd'hui encore son nom est resté familier aux paysans moraves, et un proverbe populaire dit, en parlant d'une chose impossible : « Chercher cela, c'est chercher Svatopluk. » Le Slave du Nord attend Svatopluk, comme le Slave du Sud attend Marco-Kralievitch^ comme les Allemands attendaient Barberousse.

Que devenait l'EgUse morave au milieu de cette

(1) Ann. Fuld.,adann. 890.

(2) Ann. FuJd., ad ann. 891. — Widukind, ap. Perlz, v, 420. — Luitprand, ap. Pertz, v, 270.

(3) Cosmas^ liv. i, n" 14.— Pertz, ix, p. 44.— Sa\o, ad ann. 893 ; id., p. 589. — Keza, ap. Endlicher, Monum. rer. Uwngar.y p. 101. — Thuroz, ap. Schwandter, p. 82.

(4) Voyez la note de Dudik, p. 307. — Sur l'étendue probable de l'empire de Svatopluk, consultez le même ouvrage, p. 310 et sq.

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