CHAPITRE X
d'entre eux se réunirent en une sorte de concile pour délibérer. C'étaient : l'archevêque de Salzbourg, Théotmar; Waldo, évêque de Frisingen ; Erchenpald, évêque d'Eichstadt; Tutto, évêque de Ratisbonne, et Richard, évêque de Passau. Ce dernier avait succédé à Viching, récemment déposé par Théotmar et ses collègues (1). Ils rédigèrent ensemble, pour défendre leurs droits menacés, un mémoire ou plutôt un factum où perce à chaque ligne l'esprit de mensonge et de rancune. C'est une lettre adressée au pape Jean IX. On peut en fixer approximativement la date; elle tombe entre le 20 janvier 900, vers l'époque où commença à régner Louis, fils d'Arnulf, mentionné dans ce document, et le mois d'août, où mourut le pape Jean IX (2).
Cette lettre débute par quelques généralités sur le rôle de l'Église romaine; les signataires rappellent ensuite la mission de Jean, Benoît et Daniel dans le pays des Moraves, pays, disent-ils avec assez d'impudence, qui a été soumis à nos rois et à notre peuple, tant au point de vue du culte chrétien qu'au point de vue des tributs matériels (3). « C'est par suite de cette soumission que les Moraves ont, pour la première fois,
{\) Ann. Puld , ad aiin. 899.
(2) Le texte de cette lettre a été trouvé dans un vieux manuscrit du monastère de Reictiberg. Elle a été imprimée pour la première fois en 1611. Depuis elle a été souvent réimprimée, sans qu'on ait jamais douté de son authenticité. — Voyez Dobner, ni. 345 et sq. — Hurdouiny Acta <o7icilior., vi, 413.— Mansi,Boczek, Ginz , Cod. p 08 et sq.
f3) « Tarn in cultu christianaî religionis quani in tributo substantise secularis. »
appris les docîtrines du christianisme. » De la mission de Cyrille et de Méthode, pas un mot. Pour les évoques allemands, ils semblent n'avoir jamais existé.
Le mémoire continue en rappelant le droit souverain que les évêques de Passau ont toujours eu sur les Moraves depuis le début de leur conversion. C'est ici qu'il faut citer textuellement. « L'évêque de Passau, » autant qu'il l'a voulu et dû, est toujours entré dans )) ces provinces ; il y a fait avec pleine autorité (poten- » terj tout ce qu'il avait à faire, et nul n'a osé lui ré- » sister en face. Nos comtes ont exercé leur juridiction » sur ce pays, y ont levé tribut, et nul ne leur a résisté. » Mais plus tard, excités par le dé^non, les Moraves » ont commencé à haïr le christianisme, à refuser » toute obéissance, à nous faire la guerre, à nous ré- » sister avec acharnement, de sorte que, l'évêque ni » les prédicateurs n'ayant plus d'entrée dans le pays, » ils ont fait tout ce qui leur a plu. »
C'est ainsi que se trouve travestie la grande période de Rastiz et de Svatopluk, de Cyrille et de Méthode. Les évoques allemands du x*" siècle raisonnent et écrivent comme les journalistes, les diplomates ou les historiens allemands du xix' siècle, qui appellent, par exemple, la Bohême « la plus grande province allemande (das grosste deutsche Erbland) de l'Autriche (1). » Les plaignants reprochent encore au Pape d'avoir
(1) Voyez M. Springer, Histoire de V Autriche depuis 1809, ma brochure VÉtat autrichien (Paris, 1860) el une brochure parue à Prague tout récemment : Le Programme de la Bohême et l'État autrichien.