‹ Cyrille et MéthodeChapitre 112 sur 142 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

empiété sur leur diocèse en érigeant en Moravie un archevêché et trois évêchés. Ils démontrent avec force renvois aux canons des conciles et aux décrets pontificaux que le Pape a commis une usurpation en s'immisçant dans les affaires de l'Éghse morave sans en consulter le chef naturel, l'évêque de Passau. Viching, il est vrai, a été, à la prière de Svatopluk, nommé évêque dans les États de ce prince ; mais il n'a point empiété sur la juridiction de l'évêque de Passau. Il était simplement chargé de convertir des pays récemment conquis où Svatopluk voulait introduire le christianisme.

Puis les plaignants insistent sur les droits incontestables que l'Église allemande a sur le peuple morave. « Bon gré, mal gré, ils nous seront soumis. » Sive velint, sive nolint, regno nosiro subacti erunt (1). L'histoire entière des Slaves au moyen âge, des bords de la Baltique à ceux de l'Adriatique, peut servir de commentaire à ce mot.

Écoutez maintenant ce parallèle emphatique et ridicule entre les Allemands et les Slaves.

Les ulémas de Constantinople ne prennent pas un autre langage pour établir les droits des OsmanUs sur les raïahs bulgares ou bosniaques.

« Les ancêtres de notre sérénissime seigneur Louis, » empereur et roi, descendent de la très-chrétienne » race des Francs. Les Moraves et les Slaves viennent » despaïefis et des impies. Les uns, parleur puissance

(1) Dudik, p. 3i3.

» impériale, ont exalté la république romaine ; les autres » l'ont anéantie. Les uns ont fortifié le royaume du » Christ, les autres Font affaibli (!). Les uns se sont )) fait remarquer du monde; les autres sont restés » cachés dans leurs retraites (latibulis) et dans leurs )) villes. Les uns ont fait resplendir le siège aposto- » lique, les autres ont fait gémir les chrétiens dans les » persécutions, etc., etc. »

Dans kur fureur , les Allemands vont jusqu'à reprocher aux Slaves d'avoir converti des Magyares et d'en avoir fait de pseudo-chrétiens (1), et les rendre responsables des ravages commis par les hordes hongroises dans la Pannonie. Est-il besoin de rappeler que l'arrivée des Magyares a été le plus grand malheur de la race slave et qu'elle fut la première écrasée par les nouveaux venus? Ce n'est pas tout encore : les Slaves ont ouvert aux Magyares le chemin de l'Italie ! Mensonge, s'il en fut. Au moment même où les Magyares pénétraient en Italie, les Bavarois entraient en Moravie (2) .

Les évêques allemands terminent en suppliant le Pape de venir au secours de l'Eghse menacée dans son unité, et comme la prose ne leur semble pas assez éloquente^ ils concluent par ces vers médiocrement poétiques :

Aime pater mundi, dignus prœnomine Pétri. Nomme quem sequeris, utinam virtute sequaris !

(1) L'influence des Slaves sur la conversion des Magyares esl encore sensible aujourd'hui : dans certains cantons de la Hongrie, la prière magyare se termine par quelques mots slaves.

(2) Voyez Dudik.

Page 1