CHAPITRE X
pie dispersé. Sur la désolation universelle plane un morne silence, sans qu'on puisse deviner quand et comment cette œuvre d'épouvante s'est accomplie. » Ainsi s'exprime l'historien de la Bohême (1). Dans la province qui a conservé le nom et le souvenir des Moraves , la poésie populaire chante encore cet immense désastre :
(( Près du large Danube , près des flots écumants de la Morava, sur les ruines du château de Dievin, saigne le cœur blessé des Slaves.
» 0 patrie de nos nobles aïeux, théâtre retentissant de nos anciennes luttes , tu gis ensevelie dans ta vaste étendue : la flèche du malheur a transpercé ta poitrine.
» Ton temps est passé : ta gloire s'est endormie d'un sommeil éternel. Les fils ne trouvent plus que l'ombre de la gloire de leurs aïeux !
)) L'épée de Moïmir sommeille : les rochers et les ruines couvrent le casque de Svatopluk ! Parfois seulement du sein de l'oubli un souvenir s'envole, au ciel dans une chanson. »
Et encore :
(( Nitra, chère Nitra ! haute Nitra. Où sont les temps où tu fleurissais? — Nitra, chère Nitra! mère des Slaves, quand je te contemple , il me faut pleurer. — Tu étais jadis la mère de tout le pays où coule le Danube, la Vistule et la Moravie. — Tu étais le siège de Svatopluk, quand régnait sa main puissante! — Tu étais la
1) Palackv, ih. V.
ville sainte de Méthode, quand il prêchait à nos pères la parole de Dieu î — Aujourd'hui ta gloire est voilée d'ombre ! — Ainsi le temps change, ainsi va le monde! »
CIIAPITRR XI.
l'église bulgare.
La Bulgarie avait donné asile aux disciples de Méthode chassés de la Moravie. Gorazd avait même été promu par Michel Boris à la dignité de métropolitain. Clément ne fut pas moins bien traité : il reçut, en présent du roi bulgare , trois maisons à Diavlia . et une autre à Glavenitsa. Michel lui confia en outre l'un des sept évêchés qu'il avait établis dans son royaume , celui de la province de Koutmetsivtsa (1) , qui n'était pas encore entièrement convertie au christianisme. Le zèle de Clément lui fit acquérir un grand nombre de disciples et de collaborateurs : il en compta bientôt, suivant la légende, trois mille cinq cents. Il
H) Vie de saint Clément, ch. xiii. - On ne sait quels é»aienl les sièges de ces sept évèchés.
leur enseignait Falphabet slave , leur traduisait l'écriture , écrivait lui-même. Il forma , en outre , un certain nombre de missionnaires et les envoya dans les contrées environnantes. Il séjournait , soit à Ochrida, soit à Glavenitsa (1). A Ochrida il fonda une église et un monastère en l'honneur de saint Pantaléon , puis une seconde égUse qui fut plus tard élevée au rang de cathédrale (2). Naum s'établit à Diavlia.
On sait peu de* choses sur les dernières années du prince Michel. Les annales byzantines et occidentales ne sont pas d'accord sur l'époque de sa mort (3). Sans entrer dans une discussion inutile, constatons seulement qu'en 893 on voit son fils Siméon occuper le trône de Bulgarie. Elevé à la cour de Byzance , familiarisé avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité, le nouveau prince devait jeter sur son pays un éclat inconnu avant lui. Habile politique , grand capitaine , il sut se faire craindre et respecter des Grecs, des Magyares et des Serbes. Tout en assurant par ses armes l'existence de son empire , il s'occupa d'y affermir la religion chrétienne , et nomma Clément, dont il appréciait le zèle et le savoir, évêque de Velitsa (4). Clément avait pris pour modèle , dans son apostolat , son maître Méthode, et se montrait digne de lui. A la mort de Gorazd,
{\) Vita S. Clem., éd. Schat'., n« 8.
(2) Vita S. Clem., éd. Miklosich, xxiii.
(3) Regino, ap. Pertz, i, 580.— Ann. lùild., ad ann. 8J2. — Consulter sur ce point Hilferding : Geschichte (1er Serben und Bulgaren ; et Palduzov : Vieh tsara Simeona (Saint-Péteisbourg 1852).
^4) Fi^a S. C/ewi., éd. Miklosich c. xxvi.