‹ Cyrille et MéthodeChapitre 118 sur 142 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

faits qui, il faut le reconnaître, ont une grande valeur : ils invoquent d'autres livres glagolitiques du x'' siècle publiés en 1859 par MM. Hœfler et Schafarik et qui sont exactement conformes à la liturgie grecque. Ils citent aussi un office de la fête de l'Epiphanie particulier à la Bohême et à la Moravie, où il se célèbre encore aujourd'hui. Cet office, dont les longues prières et les nombreux exorcismes dénotent une origine grecque, et qui ne se rencontre dans aucune des contrées voisines, est évidemment un débris de l'ancienne liturgie de Cyrille et de Méthode. D'ailleurs, du moment où Cyrille et Méthode introduisaient une langue nouvelle dans l'ÉgUse de Moravie , ils ne devaient pas hésiter à y importer une liturgie étrangère. Les nouveaux rites devaient être d'autant plus agréables à Rastiz et à son peuple qu'ils différaient plus de ceux du clergé germanique. La lettre du Pape Jean VIII, qui défend à Méthode l'usage de la langue slave, ne lui interdit pas l'usage de la langue grecque ; elle l'autorise même formellement (1). La seule chose qu'il exige, c'est la lecture de l'évangile en latin. Nul doute que Méthode, si dévoué à l'Église romaine, ne se soit conformé à cette prescription; mais de cet acte de déférence on ne peut conclure à l'abandon complet de la liturgie grecque (2). Tels sont les arguments sur lesquels s'appuient les

H) Voyez plus haut.

(2) Celte opiniou est celle de Stransk^, Dobrowski.Kohl, Dûmmler, de Kossing, l'un des spécialistes les plus célèbres de l'Allemagne, et de M. Bily. -Voyez son ouvrage sur Cyrille et Méthode : Deje svatych apostolu Slovanskych p. 41 et sq.

partisans du second système. Le lecteur peut choisir. Il n'est pas besoin d'ajouter que, quelle que soit la solution qu'on adopte, l'orthodoxie romaine de Cyrille et de Méthode reste en dehors et au-dessus de toute contestation.

Suivons maintenant l'histoire de la liturgie slave dans les pays occidentaux.

Chez les Slaves d'Orient sa marche fut simple. De la Bulgarie, qui en était devenue le foyer, elle rayonna sur les pays voisins : la Serbie et la Russie, et la papauté ne s'en occupa que fort tard. Il n'en fut pas de même chez les Slaves d'Illyrie, de Bohême et de Pologne.

Les Slaves d'Illyrie, comme nous l'avons vu (1), avaient été convertis directement par Rome et avaient embrassé de bonne heure le latinisme. Mais deux événements contribuèrent à l'introduction de la liturgie slave dans leur pays. Le premier fut l'avènement sur le trône de l'empereur Basile le Macédonien, en 867. Né Slave, ce prince fit tous ses efforts pour arracher ses compatriotes à la suprématie allemande et pontificale (2). Il y eût réussi sans l'énergie du pape Jean VIII, qui parvint à grand'peine à retenir les Slaves dans le sein de l'ÉgUse (3). Le second événe-

(1) Voyez plus haut, ch. ii.

(2) Const. Porphyr., de Adm. imp.^ c. xxx.

(3j Voyez les Lettres de Jean VUl à l'évêqne de Nona, au prince Branimir, au clergé de Salone, ap. Mansi, xvn ép. 183-184. — Voyez plus haut le fragment cité par Waltembach : « Venit quidam Slavus ab Istriae et Dalmatiae partibus, nomine Methodius. » — Ginz., Cod,, p. 68,

Page 1