CHAPITRE XII
ment fut la prédication même de Cyrille et de Méthode. Dans leurs voyages ils visitèrent les côtes de la mer Adriatique (1) ; plus tard, leurs disciples dispersés allèrent chercher un refuge dans les pays croates. Les Slaves de ces contrées n'appartenaient pas au diocèse de Méthode ; ils avaient leurs évèques à eux. Néanmoins, sous l'influence des circonstances, la liturgie cyriUique pénétra chez eux, s'y développa, et, malgré les efforts de ses adversaires, elle s'y est perpétuée jusqu'à nos jours. Dès le début, le clergé latin protesta et porta ses plaintes devant le Saint-Siège. Jean X y prêta l'oreille. En 925, nous le voyons adresser deux lettres, l'une à la province ecclésiastique de Spalato, l'autre au prince de Croatie Tomislav (2). Il insiste sur le rétablissement intégral de la liturgie latine. La même année, un canon du concile de Spalato défend d'ordonner aucun prêtre slave. C'était donner le coup de mort à la liturgie nouvelle, mais c'était aussi compromettre les intérêts de la rehgion elle-même. Le Pape fut effrayé des conséquences que cette décision pourrait avoir, et il en suspendit l'effet jusqu'à nouvel ordre (3). Il appela les évêques devant lui pour confé-
(1) Voyez plus haut.
(2) Ginzel, Codex, p. 75-77. —On lit dans la lettre du pape Jean X
aux évêques: « Absit hoc a fidelibus ut doctrinam Evangelii
atque canonum volumina, apostolicamque etiam prœcepta praetermittentes ad Methodii doctrinam confugiant, quem in nullo volumina inter sacros auctores comperimus. » Ce passage prouve combien les livres liturgiques de Méthode étaient répandus dans la province de Spalato.
(.3) Lettre du pape,^ ap. Ginz., Cod , p. 78.
rer avec eux sur cette grave question. Ici les documents nous manquent et rien ne nous apprend quelle fut l'issue définitive des négociations. Les Papes sans doute se résignèrent à tolérer la liturgie slave, car cent trente ans plus tard nous la retrouvons florissante dans ces mêmes contrées où elle avait été si vivement attaquée.
Ce fut sous le pontificat d'Alexandre II (1061-73) que la lutte recommença. Le concile provincial tenu à Spalato décida, comme jadis en 925, qu'il était défendu de célébrer l'office en langue slave et qu'aucun Slave ne pourrait être ordonné prêtre (1). Cette fois les Slaves eurent beau protester ; ils ne surent pas défendre leur cause auprès du Pape. Le clergé slave était dans une profonde ignorance sur ses origines et sur celles de sa liturgie. La cour de Rome n'en savait peutêtre pas plus que lui. On s'imaginait que les Slaves étaient des Goths, et que Méthode, l'inventeur présumé de leur écriture et de leur liturgie, avait été, comme la plupart des anciens Goths, un hérétique de la secte d'Arius (2). Le Pape ratifia donc le canon du concile de Spalato ; mais il ne put le faire exécuter que
(t) Thomas^ archidiaconus Spalateiisis, ap. Schwandtner , t. m, p. 552-,^34. — Ginz., Cod., p. 89.
(2) « Dicebant enim gothicas litleras a quodam Metiir?dio haeretico fuisse reportas, qui multum contra calholicae fidei normam in eadem sclavonica lingua mentiendo conscripsit. — Thomas, archid. Spalat., ap Schwand., t. ni. — Voyez Ginz., Cod., p. 89.— La même erreur (l'invention des lettres attribuée à Méthode) se rencontre dans un manuscrit du \n* siècle, un apostol bulgare cité par M. Gregorowicz. (Journal du ministère de Tinstruction publique russe, mars 1852).