‹ Cyrille et MéthodeChapitre 120 sur 142 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

dans une partie de la Dalmatie, celle qui était soumise aux Vénitiens depuis 997. La liturgie slave se maintint dans celle qui appartenait à la Croatie. Elle existait aussi depuis longtemps dans l'État voisin de Slavonie, sans avoir été, que nous sachions, ni combattue, ni ratifiée par la papauté.

Innocent III, sur la prière de l'évêque de Zeng, voulut régulariser cet état de choses. Dans une lettre datée de Lyon, le i9 mars 1248, il autorisa la liturgie slave, mais seulement dans les pays où elle existait déjà, et à condition que les traductions fussent de tout point conformes aux originaux. Ces traductions devaient être écrites dans les lettres slaves dont on attribuait l'invention à saint Jérôme, c'est-à-dire, comme nous l'expliquerons plus bas, en caractères glagoliti^ ques.

La décision du Pape fut suivie , mais on l'interpréta dans le sens le plus large. La liturgie glagolitique rayonna peu à peu de la Slavonie sur les pays voisins : la Dalmatie, l'Istrie, la Bosnie et la Serbie (1). Malheureusement si la tolérance romaine a permis au glagolitisme de se développer, la situation politique des pays jougo-slaves a été peu favorable aune culture intelligente de la littérature sacrée. Partagé entre les pays autrichiens, vénitiens et les Turcs, le clergé slave ne trouvait dans ses efforts ni unité ni direction. La langue populaire, en se transformant, s'éloignait du type primitif de Isi glagolitsa. Les livres sacrés menacèrent

(Ij Voyez Assemani, Kaîend., p. 409410.

de devenir inintelligibles pour le peuple, et, qui pis est, pour le clergé lui-même.

En 1688, le synode de Spalato créa une commission de six ecclésiastiques chargée d'examiner sur Vlllyricum littérale , c'est-à-dire sur la langue liturgique des provinces illyriennes ^ les aspirants aux fonctions sacerdotales (1). Le synode de Parenzo, en 1733, prit une mesure analogue (2). Néanmoins, la décadence des études slaves était telle, au milieu du siècle dernier, que , lorsque Benoît XII voulut faire réviser le missel glagolitique , il dut s'adresser à un ecclésiastique sachant le russe , Caraman ; et quand il fonda au collegium urhanum une chaire de langue slave , ce fut au russe Sovich qu'il fut obligé de la confier (3). Quant à la révision de Caraman , est-il besoin de dire qu'elle fut détestable ? Une nouvelle édition du bréviaire glagolitique a été faite en 1791 .

L'immense impulsion donnée dans notre siècle aux études slaves n'a point arrêté cette décadence. La cour de Rome ne voit peut-être pas grand intérêt à relever les débris de l'Église glagolitique, quoiqu'elle ait à Rome une Église slave, celle de Sancti Hieronymi Illyricorum ; et le gouvernement autrichien , dans son hostilité systématique contre tout ce qui est slave, verra sans regret disparaître ce souvenir importun de Cyrille et de Méthode.

{]) Ginz.,Cod,p 101.

(2) Assemani. p. 409.

(3) Fortis, Viaggi in Dalmazia.

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