CHAPITRE XII
Cependant encore aujourd'hui le nombre des Slaves qui suivent le rite glagolitique s'élève à 84,319 âmes, ainsi réparties (1) :
Diocèse de Veglia, 13,274
— de ladra (Zara), 20,316
— de Spalato- 48,552 -- de Sebenico, 2,177
En Bohême, la liturgie slave n'apparaît pas tout d'abord : nous avons indiqué plus haut le texte (2) qui permet cependant de supposer qu'elle n'y était pas inconnue. La Bohême, soumise d'abord à l'évêché de Ratisbonne (3) , dut suivre la liturgie latine. En 973 le Pape Jean XIII , à la prière du prince Boleslav, fonda l'évêché de Prague (4). Toutefois, le Pape mit à cette fondation une condition capitale, c'est que le clergé du nouveau diocèse serait latin et ne suivrait ni les rites de la Bulgarie ni ceux de la Russie (où le christianisme commençait à pénétrer), ni ceux des Slaves du Sud ,5). Cette condition fut acceptée , et les premiers évoques de Prague , suffragants de l'archevêque allemand de Mayence, l'observèrent fidèlement.
(1) Ce tableau est dressé d'après les chiflVes officiels relevés par ordre de l'évêque de Goritz. — Voyez Ginz., Cod , p. 124 et sq.
(2) La légende de saint Vacslav.
13; Cosm , lib. î, Script, rer. Bohem., t. i, p. iO (Pi'aga, 1743). (4; Vita S. Volgangi, ap. Uobner, Ann. iv, 21 i. (o) Epistol. Joann., ap. Ginz., Cod , p. 79. — Cette lettre est extraite de Cosraas.
Mais la liturgie slave , qui sans doute n'avait jamais disparu, reparut avec un certain éclat au commencement du xi^ siècle.
Sous le règne du prince Oldrich vivait , dans une solitude aux environs de Prague , un ermite appelé Procope. Le prince , chassant un jour, rencontra le saint homme , et , frappé de sa piété , l'emmena avec lui et en fit son confesseur (1). En 1032 , sur les bords de la rivière Sazava, Procope commença et acheva en 1039, grâce aux libéralités du nouveau duc Brétislav, un monastère dont il devint abbé et qu'il soumit à la règle de saint Benoit.
Depuis plusieurs siècles^ les monastères bénédictins avaient été soustraits à la juridiction des évêques (2). Procope put donc introduire dans son monastère telle innovation qu'il jugeait convenable, sans craindre d'être immédiatement inquiété. Il avait fait une étude sérieuse de la liturgie cyrilUque. Le duc Brétislav songeait, comme Ras tiz avait fait en Moravie, à soustraire la Bohême à la suprématie rehgieuse des évêques allemands. Il avait demandé au Pape l'érection d'un archevêché à Prague , et sur les médailles qui datent de son règne, on trouve ordinairement, à côté de son nom , celui de saint Clément, si intimement lié au souvenir de Cyrille et de Méthode (3).
{{) Voyez Hanka, Sazavo Emmaunticum evangelium, nunc remense (Prague 4840, p. 3 et sq.). — Palacky, Wûrdigung, p. 46 et sq. — Chronicon monachi Sazaviensis, ap. Ginz., Cod., p. 80.
(2) Baroni, Anii. eccl., ad aun. 748.
(3) Palacky,!, 278.