‹ Cyrille et MéthodeChapitre 122 sur 142 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Procope était sûr de son appui en introduisant dans son monastère l'usage de la liturgie gréco-slave. Nous nous servons à dessein de cette dernière expression. On a retrouvé récemment quelques fragments glagolitiques provenant du monastère de Sazava ; ces fragments prouvent que la liturgie imposée aux moines était bien celle de l'Église grecque (1). Du reste, Brétislav ne réussit point dans ses projets, et Tinnovation de Procope ne dépassa pas les bornes de son monastère ; elle ne put même pas s'y maintenir bien longtemps ; à Procope succéda, comme abbé, son neveu Vit, et à Brétislav , le prince Spitihniev.il était fort dévot et ne craignait rien tant que de se compromettre auprès de la cour de Rome (2). Le clergé latin accusait les moines de Sazava d'hérésie ; il prêta l'oreille à ses récriminations (3) , et l'abbé Vit , avec ses moines , jugea prudent d'émigrer en Hongrie (4).

Spitihniev mourut bientôt (28 janvier 1061). Son frère Vratislav monta sur le trône, et n'eut rien de plus pressé que de rappeler l'abbé Vit (5). La liturgie slave reparut avec lui au monastère de Sazava; elle s'y maintint sous son successeur Emeram. Cependant elle était l'objet de nombreuses attaques. Vratislav jugea prudent de demander l'approbation du Pape (1079). Dix ans avant, le Saint-Siège avait interdit la liturgie

(1) Publiés par MM. Hœfler et Schafal'ik (Prague, 1857).

(2) Cosmas, p. 134.

(3) Chronicon monachi Sazaviensis {G\ï\z , Cod., p. 83).

(4) Chron. monac. Sazav. (Ginz , Cod., p. 85).

(5) Cosmas, lib. ii, p. 136.

slave en Dalmatie (1). Grégoire VII, alors Pape, refusa d'accéder à la demande du prince bohème, qu'il qualifiait d'imprudente, et l'invita à résister de toutes ses forces à cette téméraire innovation (-2). Vratislav ne tint pas compte de l'interdiction pontificale, et la liturgie slave continua de régner à Sazava. Mais le successeur d'Emeram, Tabbé Bozetêch, ne sut pas maintenir la bonne discipline dans son monastère ; le désordre s'y introduisit , et , en 1087, un abbé latin , le prêtre Diéthard, fut nommé à sa place (3). Il fit brûler les livres slaves, dont il ne nous reste plus que quelques rares fragments (4), et les remplaça par des livres latins. Deux siècles et demi s'écoulèrent. La Bohême était gouvernée par Charles IV, prince de la maison de Luxembourg. Allemand par son père, Bohême par sa mère, Charles IV fut un des plus grands défenseurs de la nationalité slave. Il demanda au pape Clément VI l'autorisation d'établir en Bohême des moines auxquels il serait permis de pratiquer la liturgie slave. Le Pape consentit en principe, mais n'autorisa que la fondation d'un seul et unique monastère (5). Charles IV commença, en 1347, dans la nouvelle ville de Prague, la fondation du monastère dit d'Emmaûs, où la liturgie slave fut immédiatement mise en vigueur. Le monas-

i\) Voyez plus haut.

(2) Voyez la lettre de Grégoire Vil (Ginz , Cod. p 91).

(3) Cosmas, lib. ni, p 303 et sq.

(4) Ibid,

(5) Ginz., Cod., p. 94 et sq : « Karoli IV instrumentum fundationis monasterii Slavorum in civitate neo-pragensi, Emmaûs dicti. » — L'original est tiré des archives de rarchevêché de Prague.

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