CHAPITRE XII
tère eut à souffrir plus d'une fois des guerres du hussitisrne. Cependant, en 1584, au témoignage d'un contemporain, on y trouvait encore des moines slaves (1). En 1593, les moines slaves disparurent : on craignait sans doute qu'ils n'acceptassent trop aisément la réforme, et ils furent remplacés par des moines espagnols (2).
Telles sont les vicissitudes de la liturgie slave en Bohême. Nous n'avons pas à parler ici de la liturgie en langue nationale, telle que l'entendaient les Hussites. Ils voulaient^ comme plus tard les réformateurs allemands ou anglais, introduire dans les cérémonies du culte cette langue usuelle qui va se transformant sans cesse avec la nation. Les moines de Sazava et d'Emmaûs, comme les glagolites du Midi, comme les orthodoxes serbes ou russes , s'attachaient à une langue morte qu'ils estimaient avoir été celle de Cyrille et Méthode, langue dont les idiomes slaves modernes s'éloignent de plus en plus.
Un des plus intéressants débris de la liturgie slave en Bohême, c'est le célèbre évangile, connu sous le nom de « texte du sacre », sur lequel nos rois de France ont pendant deux siècles prêté à Reims le serment du couronnement (3).
(1) Lupacii, Rerum Bohemiœ ephemens (Prague 1554).
(2) Pubitschka, Chronolog. Geschichie von Bœhmen (Prague 1784).
(3) C'est un manuscrit, petit in-quarto, sur parchemin divisé en deux parties : l'une écrite en caractères cyrilliques, l'autre en ca ractères glagolitiques. La partie giagolitique comprend les épîtres et les évangiles qui se chantent à l'office; elle a été copiée par les moines de Sazava: l'autre avait été, suivant une note placée à la fin du
Le pays où l'œuvre de Cyrille et de Méthode a laissé le moins de traces, c'est la Pologne. Cependant on peut aussi y noter quelques vestiges de leur apostolat et de leur liturgie. Nous avons vu qu'une légende attribue à Méthode la conversion d'un prince lekh. D'autres faits rappellent le souvenir des deux apôtres : il existe une médaille de Boleslav le Brave en caractères cyrilliques; Jaroslav, chanoine de Plock, écrivait, en 1219, avec les mêmes caractères , et des fragments de sa chronique ont été trouvés dans la bibliothèque de Kœnigsberg. On rencontre aussi parfois des caractères cyrilUques égarés dans les anciens livres polonais. On sent que la langue ecclésiastique paléo-slave n'a pas été sans influence sur la formation de la langue polonaise, plus tard modifiée par le contact du bohème. Le rite
volume, copiée par saint Procope, fondateur de leur monastère, et donne'e an couvent d'Emmaùs par Charles IV A la suite des guei-res des Hussiles, ce précieux manuscrit aurait été envoyé à Constanlinople, puis vendu plus tard au cardinal de Lorraine, qui le donna à l'église de Reims en 11)74, On le prit pour un manuscrit grec et syriaque ayant appartenu à saint Jérôme, et nos rois de France prêtèrent serment sur cet évangile jusqu'à la Révolution. Il disparut alors et ne fut restitué à la municipalité de Reims que sous le consulat. Une magnilique édition fac-similé en a été faite en 1843, aux frais de l'empereur Nicolas, sous ce litre : Ecangelia slavica quibus olim in regum Francorum olio sacro mimgendorum solemnibiis uti soJebat ecclesia remensis vulcjo « texte du sacre » ad exemplaris simili' tvdinem, descripsit et edidil Silvestre (Lutetiae 18*3,. Elle est pi-écédée d'une préface de Kopiiar. Cette préface. Intéressante à consulter, a été reproduite pai* Miklosich dans son i-ccueil, SJavische Bibliothek (Vienne, 1851, p. 57-84).— Voyez aussi Dobrowsky. Slavinn., p. 275 et sq. — L'édition de Sylvestre est d'un prix inabordable. Hanka en a donné une édition populaire in-S*^ à Prague en i8i6.