CHAPITRE XIII
qui diciturMethodius](l). Ilauraitvers la même époque écrit huit livres de grammaire sur la langue hébraïque (2).
Comme on le voit par ce rapide exposé, l'œuvre littéraire de Cyrille et de Méthode ne comprend guère que des traductions de livres sacrés. Elle n'est que le complément de leur apostolat : mais à côté du but religieux qu'elle a en vue , il en est un autre auquel les deux apôtres songeaient moins et qu'ils atteignent sans l'avoir cherché. Pour la première fois la langue slave entre dans la vie littéraire : Cyrille et Méthode ont façonné l'instrument dont se serviront désormais les générations futures. Il ont la gloire, réservée à si peu d'hommes, d'avoir créé une langue type et d'ouvrir l'histoire intellectuelle d'une grande race.
On imagine aisément combien il serait précieux d'avoir sous la main au moins quelques fragments de leurs écrits, de pouvoir entendre, pour ainsi dire, les premiers vagissements de l'idiome slave. Malheureusement il ne nous reste pas une ligne que nous puissions attribuer avec certitude à Cyrille et à Méthode. Leur église s'écroula, comme nous l'avons vu, après leur mort : les Magyares se précipitèrent sur ses ruines ; le latinisme triomphant étouffa, autant qu'il le put, la liturgie slave, et il nous faut descendre deux siècles pour en retrouver la trace en Bulgarie, puis en Russie et en Dalmatie.
(1) Presbyt. Dioci.,ap. Schwandtner.
(2) Vie de Const,, ch. x.
Le plus ancien manuscrit slave, le premier évangile cyrillique dont on sache la date , est l'évangile d'Ostromir, écrit en 1057 pour le posadnik de Novogorod (1). Le premier évangile glagolitique, celui d*Assemani(2), ne peut être antérieur au xi^ siècle. La plus ancienne traduction des Actes des apôtres (manuscrit bulgare) est du xii^ siècle : un fragment de psautier du xi^ siècle se trouve en Russie. Des nombreux manuscrits connus en Russie, en Bulgarie, en Bohême , en Croatie, en Italie, il n'en est point d'antérieur au xr siècle , sauf peut-être quelques fragments liturgiques (glagolitiques), découverts à Prague en 1855, et que Schafarik fait remonter au x^ siècle (3). La plus ancienne traduction complète de la bible est de 1499.
Les deux évangiles d'Ostromir et d'Assemani sont donc jusqu'ici les seuls documents sur lesquels puisse s'appuyer le ])hilologue pour rechercher le texte primitif de Cyrille et de Méthode ; mais rien ne lui indique quel rapport il peut y avoir entre ces copies et l'original. D'ailleurs elles présentent entre elles des différences notables; elles appartiennent à des rédactions distinctes. Plus tard, peut-être, quand on aura scrupuleusement comparé tous les textes, pourra t-on restituer, du moins approximativement, la rédaction primitive ; mais ce travail n'est pas encore fait.
B. Ceci nous amène naturellement à l'examen de la
(1) Publié par Vostokov fSaint-Pétersbourg, 1844).
(2) Publié par le docteur Raczki lAgram, 1865).
(3) Glagolitische fragmente, eic. (Prag., 1857).