‹ Cyrille et MéthodeChapitre 129 sur 142 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

seconde question : en quelle langue écrivirent Cyrille et Méthode, et que faut-il entendre par cet idiome slavon encore en usage aujourd'hui dans les ÉgUses russe, serbe, bulgare, etc. ?

Disons d'abord ce que c'est que le slavon, ou mieux le slave ecclésiastique (cirkovny , kirchenslavisch] , nous rechercherons ensuite d'où il vient.

Les langues slaves aujourd'hui vivantes sont au nombre de neuf, que les philologues slaves^ à l'exemple de Dobrowsky, divisent généralement en deux familles. J'accepte cette division sans la discuter , ne faisant pas ici un traité de philologie.

La première famille comprend : le bulgare , le Slovène , le croate , le serbe (ou plutôt le croato-serbe) et le russe ; la seconde comprend le slovaque, le tchèque, le polonais et le lusacien (ou vinde, wendisch).

A côté de ces langues s'en trouve une autre qui vit encore dans la liturgie de plusieurs peuples non latins et dans un grand nombre de documents religieux politiques ou même littéraires du moyen âge (1). Cette langue joue, vis-à-vis des idiomes slaves vivants, le même rôle que le latin vis-à-vis de nos langues romanes. Mais a-t-elle avec eux le même rapport? Le latin est , à n'en pas douter, la langue mère des idiomes romans : en est-il de même du slavon? Est-ce une langue mère, ou n'est-ce qu'une langue sœur? Les opinions des savants varient fort sur cette question.

M) Les anciens dcrivains, tels que Nestor, Jean, dvôque de Bulgarie, appellent toujours cette langue slovienski : le slave.

On ne peut plus soutenir aujourd'hui l'opinion jadis fort goûtée qui faisait du slavon la langue primitive de la race slave. Au xix'' siècle, des théories fort diverses ont été émises par les philosophes. Dobrowsky a vu d'abord dans le slavon l'ancien serbe , plus tard un dialecte composite , le serbo-bulgaro-macédonien. Kopitar y vit tour à tour l'ancien serbe et l'ancien Slovène , sa langue maternelle. Schafarik se prononce pour l'ancien bulgare, et l'ancien slovène. Miklosich également. D'une parties travaux de la philologie moderne ont démontré que la division des langues slaves est antérieure à l'époque de Cyrille et de Méthode. De l'autre, l'ensemble de notre récit vient confirmer le témoignage des philologues, qui voient dans les idiomes Slovène et bulgare les deux langues slaves les plus étroitement apparentées au slavon (1).

Rappelons-nous bien qu'à l'époque dont nous nous occupons, il n'y a point encore de Magyares en Europe. Les Slaves seuls occupent en entier la grande Moravie et la Pannonie. Il ne faut point perdre de vue ce fait capital. N'oublions pas d'autre part que, suivant la grande majorité des témoignages, Cyrille commença sa traduction à Constantinople. En quelle langue slave? Évidemment dans la langue des Slaves de la Péninsule, langue qui , adoptée peu à peu par les Bulgares touraniens , prit le nom de langue bulgare , comme le français , idiome né du latin , reçut le nom d'un peuple

(1) Voyez sur cette question un article de M. Hattala, dans la Revue du muséum de Prague^ année 1855.

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