‹ Cyrille et MéthodeChapitre 130 sur 142 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

germanique. Slave ou non de naissance^ Cyrille savait cette langue ; elle était, ou à peu de chose près, la même que celle qu'on parlait en Moravie, puisque Rastiz demandait des apôtres à Constantinople ; mais évidemment les différences provinciales (dialectiques) n'empêchaient point l'ensemble du texte d'être compris par le peuple auquel il s'adressait. Nous voyons Cyrille associer tour à tour à ses travaux des Bulgares (Clément) et des Moraves (Gorazd). Ces derniers purent aisément modifier les passages qui avaient besoin d'être, si on me permet l'expression, dialedisés ; et Cyrille , avec son merveilleux génie pour les langues , sut évidemment s'assimiler en peu de temps les particularités de la langue slave de Moravie ou de Pannonie. Chacun sait, d'ailleurs, qu'il est de l'essence même d'une langue qui est ou veut devenir littéraire de s'élever au-dessus des provincialismes pour choisir dans la grammaire ce qu'elle a de plus correct , et dans le lexique ce qu'il a de plus pur. Nul n'était plus apte que Cyrille à cette tâche délicate. Les plus anciens textes, ceux d'Ostromir et d'Assemani, sont d'une langue fort belle et que l'on peut, sans hyperbole, appeler le sanscrit des Slaves.

On sait ce qui arriva après la mort de nos apôtres : les Magyares pénétrèrent au cœur de la Slavie; l'Église morave s'écroula ; les Pannoniens se trouvèrent isolés des Bulgares ; les deux langues divergèrent : la langue et la liturgie cyrilliques se maintinrent , au milieu des crises que nous avons racontées , sur le littoral de l'Adriatique , ou revinrent à leur point de départ dans

cette même Bulgarie où elles avaient pris naissance , pour rayonner de là sur TOrient slave : plus tard la langue bulgare s'éloigne peu à peu du type primitif: elle se corrompt sous l'influence des langues voisines , notamment de l'albanais, au point de devenir à peu près méconnaissable , sinon quant au lexique , du moins quant à la grammaire. Puis l'idiome de Cyrille émigré vers Kiev ; il devient la langue religieuse et savante de la Ruthénie, plus tard de la Russie, mais il ne garde point sa pureté native. Il ne faut pas demander à des moines ou à des princes barbares les scrupules philologiques du grammairien moderne. Le ruthène se glisse peu à peu sous la plume des copistes et des écrivains : la langue de Cyrille s'allie à un idiome vivant et barbare : déjà , au xii'' siècle , dans la chronique de Nestor, on remarque plus d'une trace de ruthénisme. Le même phénomène se reproduit en Serbie. De là, pour employer le terme technique, trois rédactions différentes : la rédaction bulgaro-slavonne, la rédaction bulgaro-serbe, la rédaction bulgaro-russe. Celle-ci gagne chaque jour du terrain avec les progrès de la Russie et s'impose peu à peu aux autres ÉgUses orthodoxes. Les caractères mystérieux de la glagoliça ne préservèrent pas de cette détérioration la langue sacrée de la Dalmatie. On comprend que lorsqu'il y a entre la langue religieuse et la langue vulgaire une grande analogie , la première se laisse pénétrer aisément par l'autre. Il se produit entre les deux langues morte et vivante un travail permanent d'action et de réaction : l'idiome sacré influe sur la langue popu-

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