‹ Cyrille et MéthodeChapitre 131 sur 142 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

laire qui le pénètre à son tour. Le moine glagolite , comme le moine de Kiev, substituait aisément le mot, la désinence dalmate, au terme paléo-slave. La critique seule , qui est une chose toute récente , peut maintenir dans son intégrité primitive une langue morte et cependant usitée (1). Aujourd'hui encore, ainsi qu'on me l'apprenait dans un récent voyage chez les Slaves du Sud, dans les paroisses où la glagolitsa est en usage, le prêtre rustique substitue, malgré lui, l'expression vulgaire à celle du texte sacré qu'il a sous les yeux (2). Ces diverses altérations n'ôtent rien cependant à la valeur des plus anciens monuments slavons : ils gardent toujours leur importance , et la philologie moderne arrive peu à peu à épurer et à restituer les textes corrompus.

Le slavon n'est donc qu'une langue slave comme les autres et ne peut réclamer sur ses sœurs que le privilège de l'ancienneté. C'est déjà quelque chose : il a pour lui non-seulement la priorité de la culture , mais aussi celle des formes grammaticales ; il mérite d'être étudié non-seulement pour sa beauté , mais aussi pour les matériaux qu'il livre à la pliilologie indo-européenne. S'il n'est pas l'aryaque des Slaves, il en est au moins le sanscrit , et c'est un rôle que personne ne pourra lui contester.

(1) Voyez ce que nous avons dit plus haut, ch. xiii, de la révision des textes glagolitiques.

(2) Pour ne citer qu'un exemple, les Russes et les Serbes ont rejeté le son nasal, qui existait évidemment dans le paléo-slave: ien est devenu ia; ion est devenu iou. — Voyez Mikl., Lautlehre.

C. Reste maintenant la troisième question, celle de l'alphabet ou plutôt des ailphabets ; car il y en a deux : l'un qui porte le nom d'alphabet cyrillique , et l'autre , que l'on appelle glagolitique. Que Cyrille ait inventé un alphabet, c'est ce dont il est impossible de douter en face de la tradition constante et des témoignages fort nombreux qui lui attribuent cet honneur. Du ix^ au xii^ siècle, on n'en compte pas moins de dix-sept venant d'écrivains slaves, italiens, grecs et allemands (1). Je ne sache pas que la critique la plus érudite en ait affaibli la valeur. On a seulement essayé dans ces derniers temps de retirer à Cyrille l'alphabet qui porte son nom sur la foi d'une tradition fort ancienne , et de lui attribuer cet autre alphabet subsistant encore , l'alphabet glagolitique. C'est là un des faits les plus curieux de la slavistique moderne. Malheureusement les Slavistes occidentaux compromettent cette opinion qui est la leur par des subtilités dont leur patriotisme cache mal la faiblesse et l'exagération , et leurs adversaires , les Slavistes orthodoxes , leur opposent trop souvent des arguments qui n'ont rien de scientifique. Sans avoir la prétention de me mêler au débat ou même de le retracer tout entier, je me contenterai d'en esquisser les principaux traits et d'en indiquer les résultats généraux. **

Il est constant que Cyrille a inventé un alphabet. Où

(i) Voici les principaux: Vie de Const. ., ch. xiv; Vie de Méth.^ cil. viii ; Nest., loco cit. ; anonym. Salisb. ; Translat., ch. vu; le moine Chrabr; Vie de saint Clém.^ ch. n.

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