‹ Cyrille et MéthodeChapitre 132 sur 142 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

cela? Quand il était encore à Constantinople. En quelle année? En 863 suivant les uns, en 855 suivant les autres. Pour qui a lu notre récit avec attention, la première date paraîtra plus probable, et c'est celle que nous adoptons. En vue de qui Cyrille a-t-il inventé son alphabet et quels éléments avait-il sous la main ? En général;, on ne crée pas un alphabet, pas plus qu'on ne crée une grammaire de toutes pièces (1). Si le peuple quia besoin d'un alphabet possède déjà des caractères d'écriture, on les emploie en les complétant; s'il n'en a pas, on a recours à quelque alphabet déjà existant, et on l'adapte tant bien que mal à la phonétique de la langue : témoins, l'alphabet grec prenant pour base

(1) C'est ce que Hiit très-justement remarquer W. Grimm, Uber Deutsche Runen, p. 25 ^Goëttingue, 182i). — Pour qui désirerait étudier à fond Ihistoire de la question glagolitique, voici la liste des principaux ouvj-ages à consulter :.

Frisch, Origo characteris slavonici (Berol 1724).— Rolil, Introdmtio in rem litterariam Slavorum. — Grubissich, Iîi orig. et histor. alphabeti slavonici glagolitici disquisitio . — Abhandlungen Ber Bœhm. Gesellschaft der Wissenschaft aufdasJahr 1783 (Prague), von Dobner. — Anton., Ers^e Linieneines Yersuchs ûbcr die alten Slaven, 2^^ Theil, p. 103 et sq.- Linhard, Versuch e. Gesch. von Krain (Laybach 1788). Dobrowsky, Glagolitica (Prague 1807-1832) — Kopitar, Glagolita Clozianus (Vindobonœ 1836). — Schafarik, Uber den Ursprung und die Heimath des Glagolitismus (Prague 18o9\— Hanusch, Der Monch Chrabr (Vienne 1802).— Mikiosich, Art. Glagolitisch, dans l'encyclopédie de Ersch et Gruber.

En russe, on peut consulter les travaux de Hilfcrding, Prcls Sreznievsky. Bodiansky; en tchèque, 1 article Glagolice de M. Hatlala, dans l'encyclopédie tchèque {NaucznySlovnik\; en croate, Slovjensko pismo ; V Écriture slave, par M Raczki ; divers articles du Glasnik de Belgrade et du Letopis Matice Serbske, etc.

l'alphabet phénicien, l'alphabet gothique, où Ulphilas combina les caractères latins et les runes germaniques. Nous devons donc nous demander si les Slaves avaient déjà un alphabet lorsque Cyrille créa le sien. Divers témoignages semblent prouver qu'ils connaissaient des caractères runiques. Le plus important de tous est celui du moine Chrabr. On ne sait aucun détail sur ce personnage, dont il ne nous reste qu'une dissertation assez courte sur l'alphabet ; elle se rencontre dans plusieurs manuscrits, dont le plus ancien est du XIII*' siècle. L'auteur, comme on peut en juger par sa rédaction, vivait sans doute en Bulgarie un demi-siècle au plus après Cyrille et Méthode ; car il déclare que, de son temps, il y avait encore des gens qui avaient vu les deux apôtres. Il s'exprime ainsi :

(( D'abord, les Slaves n'avaient pas d'écriture, étant païens ; mais ils comptaient (lisaient) avec des barres et devinaient [prédisaient] (1) avec des entailles. »

C'est bien là l'écriture idéographique ou runique. Plus tard, à une époque postérieure à Cyrille et à Méthode, chez les Slaves encore païens de l'Elbe, Thitmar nous dit que les statues des dieux portaient leurs noms écrits (2). Dans les diverses langues slaves le magicien s'appelle czarodejnik, proprement l'homme qui fait des

(1) On n'est pas d'accord sur le sens des deux mots slaves.

(2) « Nominibus insculptis. » Thit,. éd. Wagner, vi B. S. iSO-151. — Comparez le témoignage des écrivains arabes Ibn-Foszlan et autres sur récriture des Russes païens au x« siècle : Frœkne^ Ibn Foszlans Bericht iéer die Russen altérer Zeit., p. 21, 529(Pétersb. 1824).

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