CHAPITRE XIII
traits, des entailles. De même le prince, le prêtre, kniez, est celui qui connaît les lettres [knigi] (1). Cela semble impliquer que récriture rudimentaire n'était connue que d'un petit nombre de personnes. Enfm le mot qui veut dire écrire [pisati, primitivement graver, puis peindre, écrire] (2), est le même dans toutes les langues slaves. D'où l'on induit, non sans raison, qu'une écriture quelconque a du être connue de la race tout entière dans les temps anté-historiques. Il en serait autrement si l'écriture était venue à tel ou tel peuple slave d'un peuple voisin. Par exemple : imprimer se dit en croate stampati, c'est l'italien stampare ; en polonais drukovac^ c'est l'allemand drûcken\ en russe peczati (presser, imprimer). Sur la foi de ces témoignages et d'autres que Ton trouvera dans les dissertations spéciales (3), on admet donc généralement l'existence d'une écriture idéographique antérieure à Cyrille et Méthode. Elle était, du reste, très-peu répandue et ne pouvait servir qu'aux usages les plus restreints.
Au témoignage du même Chrabr, les Slaves, sans doute ceux de Bulgarie, convertis pour la plupart au
(1) Cette étymologie est fort douteuse.
(2) Fortiinatus dit : « Barbara fraxinois piiigatur rima tabellis. »
(3) Voyez nolammcut Haiiuscti , Zur sîavischtn Iiune?ifrage ; Archiv. fur Kimde œsterreichister Geschichte , année i85n; — Ib.: Bas schriftivesen uni Schriftthum der bôhmisch-slovcMischen Volkcrstamme (Prag 1867), et l'ouvrage de Raczki déjà cité. On demandera peutêtre : existe-t-il de» monuments runiqnes slaves? Il paraît en exister quelques-uns dans le Mecklembourg, en Prusse et ailleurs ; mais les savants ne sont d'accord ni sur leur authenticité ni sur leur interprétation.
christianisme avant Cyrille, essayèrent d'écrire leur langue en caractères grecs et latins, mais ils n'y purent réussir. Cela se comprend, l'alphabet grec ou latin ne se prêtant guère à la transcription de certaines lettres slaves, notamment des chuintantes (1). Il n'est donc pas étonnant de voir le prince de Moravie réclamer un prêtre chrétien qui put apprendre à son peuple à lire en langue slave (2). Nous avons vu que le choix de l'empereur Michel tomba sur Cyrille. Revenons ici au texte du biographe : « J'irai volontiers, dit Cyrille, si j'ai un alphabet pour la langue slave. » L'empereur lui répondit : « Mon aïeul et mon père et bien d'autres ont cherché cela et ne l'ont pas trouvé ; comment veux-tu que je le trouve? » — Le philosophe alors, suivant son habitude, alla prier.. .. « et Dieu écouta sa prièrC;, et aussitôt il fit un alphabet, et il commença à traduire l'Évangile. » Pour les critiques, qui n'admettent point le rôle de la prière en linguistique, il est bon de rappeler que Cyrille était un des philologues les plus distingués de son temps. Il savait non-seulement le grec et le latin, mais aussi les langues sémitiques, et peut-être le gothique. Il avait sous la main plusieurs alphabets ; il lui suffisait de les combiner en les complétant pour obtenir celui dont il avait besoin. L'alphabet qu'il avait le plus habituellement sous les yeux
(1) Il n'y a pas bien longtemps que les Slaves latins (Tchèques, Croates et Polonais) sont arrivés à une orthographe l'ationnelle , encore celle de ces derniers laisse-t-elle beaucoup à désirer.
(2) « Qui ad legendum eos doceret » Transi., vu. — Vie de Const., XIV.