‹ Cyrille et MéthodeChapitre 136 sur 142 · CHAPITRE XIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIll

forment la base de l'un ; des caractères rimiques paraissent être la base de l'autre. D'anciens monuments cyrilliques se rencontrent en Bulgarie , en Russie et même en Bohême, témoin la légende de S. Venceslas, que nous avons déjà citée. Des monuments glagolitiques se rencontrent en Bulgarie, en Croatie, en Dalmatie et en Bohême. Tandis qu'on attribue la Cyrilliça à Cyrille, une tradition dont j'expUquerai plus loin l'origine attribue la glagoliça à S. Jérôme. On ne trouve pas dans les premiers siècles de la littérature slave de documents glagolitiques portant , comme disent les jurisconsultes, date certaine. L'étude de la paléographie ne me paraît pas , quoi qu'on en dise , assez avancée pour qu'on puisse accepter sans contester les hypothèses des éditeurs, s'appelassent-ils Schafarik,Raczki, ou Bercic.

Ce n'est qu'au siècle dernier qu'on a accordé une attention sérieuse aux documents glagolitiques. On n'en connaissait pas alors d'antérieurs au xiii^ siècle. Dobrovsky, dont l'opinion seule mérite d'être citée parmi tant d'autres (1), attribuait l'invention de la glagoliça à un moine dalmate du xiii'' siècle , Nicolas d'Arbe, désireux de sauvegarder sa liturgie nationale, tout en échappant au reproche d'adopter le schisme et l'alphabet gréco-slave. Nicolas aurait inventé cet alphabet et une pieuse fraude l'aurait mis sous la protection de S. Jérôme. S. Jérôme était dalmate. Il dit quelque part dans une de ses lettres qu'il a traduit les Psaumes

(1) Uubr., Glagolilica, p. lUct si], (Prag. 1832).

pour le peuple de sa langue, lingiiœ meœ (1). C'est sur ce texte qu'on s'appuyait pour lui attribuer l'invention de la glagoliça. On oubliait ou on ignorait qu'il n'y avait point encore de Slaves en Dalmatie au temps de S. Jérôme. Cette fiction, aisément adoptée par la cour de Rome et par le clergé dalmate. avait produit l'effet qu'on en pouvait attendre, et la liturgie slave échappa à la proscription sur le littoral et dans les îles de l'Adriatique.

L'hypothèse de Dobrovsky est ingénieuse ; mais les découvertes récentes lui donnent un démenti formel. On a tr'ouvé des manuscrits glagolitiques antérieurs au XIII' siècle , et ils démontrent qu'il faut reporter l'origine de la glagoliça bien avant l'époque que lui assignait Dobrovsky.

L'enthousiasme produit par ces découvertes amena peu à peu une réaction singulière contre la Cyrilliça. La grande majorité des Slaves occidentaux entreprit de démontrer que la glagoliça était le premier alphabet slave et que la Cyrilliça n'en était qu'un perfectionnement. On peut juger que le dualisme des rehgions cathoUque et orthodoxe a joué aussi son rôle dans la querelle. Voici les principaux arguments que Ton a mis en avant pour prouver l'antériorité de la glagoliça:

1" L'alphabet glagolitique est moins parfait que l'alphabet cyrillique; donc l'alphabet cyrillique en est un p erfectionnement .

(I] Ejvst. ad Sophr., Opéra S. Hieromjmi, éd. Rom. 1575, l. m, p. 61.

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