‹ Cyrille et MéthodeChapitre 138 sur 142 · CHAPITRE Xlil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlil

jouer sur les mots que de vouloir attribuer à des papes ou à des hagiographes du x^ ou du xi^ siècle une rigueur scientifique qui aujourd'hui même ne pourrait être exigée que d'un philologue. Sans doute, pour le linguiste, les alphabets latin, grec et russe ne font qu'un ; mais il n'en sera pas ainsi pour l'homme du monde. Socrate dans son histoire ecclésiastique dit d'Ulphilas qu'il inventa les lettres gothiques : ypà/uMara é9éCj)€ yo0<xà (1). On serait certes mal venu à prendre ces paroles au pied de la lettre.

Voici un autre argument beaucoup plus sérieux. Il s'agit d'un texte qui dans ces derniers temps a acquis une grande importance. Il faut nous y arrêter, puisqu'on le regarde comme décisif.

Nous avons cité à diverses reprises, dans le cours de cet ouvrage, une vie de S. Clément, évêque de Bulgarie, et disciple immédiat de nos deux apôtres. Il en existe une autre à laquelle nous avons eu moins souvent recours. Un savant russe, M. Gregorovicz, en a découvert le texte dans un couvent du mont Athos, en 1845. Il l'a publié en 1847 dans le journal russe du ministère de l'instruction publique (2). Or dans ce texte le biographe dit de S. Clément : 'Eo-ocp/o-aro cTè xaï ;^apaxT«paç erépouî ■ypa/U/uaTw»' nflç TÔ (raqjéJTepoF i) otiç î|eCpÉv 6 a6(^oç Kup/AAos.

(1) Socr., IV, 32— Pliiloslorgos, Ilist. ccc/., ii, o, appelle Ulphilas : Euj>ôTr,v '^'faaaocTwv oi/.jtwv, — Paul Diacre, l. xr, c. xu, dit : « Vulpliilamqui litteras gothicas piimus adinvenit. »

(2) Celte Fïc de saint C/émcn< avait déjà été publiée dans la 'AjcoX&'jôîx Twv à-^iwv ÉTTTap'.Oyfcjv, imprimée en 1740 h Moscliopolis ; mais elle n'avait point attire l'attention des savants.

Cette phrase a causé dans le monde slave une véritable révolution. M. Gregorovicz l'a traduite ainsi: « S. Clément imagina pour plus de clarté d'autres caractères que ceux dont Cyrille a été l'inventeur. » Les Slavistes orientaux ont adopté cette traduction et ils en ont tiré cette double conclusion : premièrement que les deux alphabets cyrilhque et glagolitique existaient au xi"" siècle ; secondement que Cyrille avait inventé l'alphabet glagolitique, et que Clément était le véritable auteur de cet autre alphabet plus clair ( ffacçéare^ov) que l'on appelle Cyrilhque (1).

La biographie d'où cette phrase est tirée paraît être postérieure à celle dont nous avons si souvent invoqué le témoignage : ehe ne nous offre dureste qu'un abrégé sommaire et parfois fort inexact des événements qui se rattachent à la vie de saint Clément. La grande biographie est un véritable panégyrique : elle ne recule pas devant les plus petits détails : or, si saint Clément avait été le créateur de l'alphabet cyrillique , comment admettre que son panégyriste ait oublié de mentionner

(1) Voici la traducLioii latine deCiulius, telle qu'on la li'oiive dans Schafarik , Pamatky IlJahoL, etc. : «"Excogilavil eliam alias litterarum formas (inrepi-reberent majorem persi)icuitalem qiiam iWrc quas sapiens Cyrillus invenerat. »

D'autre pai't, M. GiTgorovicz, en publiant la phrase grecque telle que nous l'avons reproduite, ajonte en note : » C'est ainsi qu'on la lit dans la 'AxoXouO-a twv à^îwv èTCTàp'.Oawv : j'ai donc admis, en conséquence, la particule r, importante pour le sens. » M. Gregorovicz ne b'explique pas malheureusement sur ce point délicat ; mais si la particule vi était supprimée, cela ne pourrait-il pas donner un autre sens à la phrase ? Je pose la question aux hellénistes.

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