HISTOIRE PRIMITIVE DES SLAVES.— MŒURS , CONSTITU- TION, RELIGION
Il n'est plus besoin aujourd'hui de démontrer que les Slaves appartiennent à la race indo-européenne et qu'ils se sont établis en Europe comme les Celtes, les Germains et les Pélasges lors de ces grandes migrations dont la science moderne commence à reconstituer l'histoire. La langue et la civihsation des Slaves ne laissent aucun doute à cet égard. Le prétendu silence des écrivains anciens sur leur compte, loin de pouvoir être invoqué contre eux , est un argument en leur faveur. En effet, s'ils avaient envahi brusquement l'Europe dans les temps historiques, avant ou après notre ère, comme on l'a prétendu, ils y auraient produit une secousse, un ébranlement dont on retrouverait la trace dans les historiens. Au vi« siècle, Procope et Jornandès nous parlent de l'immense espace qu'ils occupent (4),
(1) r^v 7:&>.Xt>; Tiva vjwm. 'Proc. , de Bello gothico, liv. m, c. xiv ; Auguslte Vind., 1007, p. 277.) — Ab orlu Vislula; flumiiiis per
mais non de la manière dont ils s'en sont emparés, et, s'ils n'en savent rien, c'est que l'arrivée des Slaves en Europe est un de ces faits primordiaux qui échappent nécessairement à l'histoire. L'histoire constate le déplacement d'un peuple, il lui est impossible de constater le déplacement d'une race.
Les peuples anciens ne nous sont connus, en somme, que par leurs rapports avec les Grecs et les Romains. Confinée à l'extrémité orientale de l'Europe , dans le bassin de la Vistule et du Dnieper, cachée à Fombre des CarpatheS;, la paisible race slave dut échapper à Vattention des voyageurs et des historiens. Elle n'eut point de César, comme la Gaule , point de Tacite, comme la Germanie. Fractionnée en mille tribus diverses, elle ne forma jamais un corps menaçant dont l'inquiète Rome eût à redouter les attaques, dont elle éprouvât le besoin d'étudier la nature et l'organisation. Est-ce à dire que les Slaves aient été totalement ignorés des anciens ? De ce que le mot slave ne se rencontre dans aucun livre antérieur au vi^ siècle de notre ère, faut-il conclure qu'il n'est jamais question des Slaves dans les siècles précédents? Ce serait abuser de l'induction. Il arrive souvent qu'un peuple reçoit chez les nations voisines un nom qu'il a peut-être porté jadis, mais qu'il ne connaît plus ou qu'il a même toujours ignoré; témoins les Hellènes, appelés Grecs par les Romains; témoins les Teutsch, appelés par nous Al-
immensa spalia Vinidai'um natio populosa consedit. [De Gothonim origine, c. ii.) — Veneti numerositalc pollentes. [Ibid., c. vu.) — Nunc ubique desseviunt. (Ibid.)