‹ Cyrille et MéthodeChapitre 30 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lemands, Germans par les Anglais, et Niemtsi par les Slaves.

Il est donc légitime de rattacher à la race slave les peuples de l'Europe orientale qui semblent en porter les caractères généraux, et dont aucun témoignage n'a fixé définitivement l'origine. C'est ce qu'a essayé Schafarik dans son grand ouvrage des Antiquités slaves (1); c'est ce que font encore aujourd'hui, non sans succès, les historiens de la Pologne, de la Russie et de la Bohême. Les progrès constants de la critique historique donnent à leurs travaux des éléments de certitude qui ont trop souvent manqué à leurs prédécesseurs.

C'est le père de l'histoire, Hérodote, qui, pour les Slaves comme pour tant d'autres peuples, nous fournit les premières indications. Il nous est difficile de ne pas voir des Slaves dans ces Scythes agriculteurs, ces Ne6poi et ces BaucTiVoi qu'il nous signale dans sa Melpomènei^).

Nous trouvons dans son troisième livre un détail curieux et d'une grande importance (3). Hérodote parle d'un fleuve Eridan qui se jette dans la mer septentrionale après avoir traversé le pays de l'ambre. Ce nom grec, dans un pays si éloigné, lui paraît avoir été inventé

(1) Los Antiquités slaves ont ctc piihlioes pour la prcmièi'C fois en i83() en langue hohêrne ; elles ont été traduites depuis en allemand, en polonais et en russe. M Vivien Saint-Mai lin en a traduit (juehiues fragments en français.

(2) Hérod., liv, iv, ch. xvn^ xxi, éd Did.

(3) Hér., liv. m, ch. cxv.

par quelque poëte. Mais n'y a-t-il pas eu là une de ces confusions dont la géographie des peuples primitifs offre plus d'un exemple? Le véritable Éridan, comme on sait, se jette dans l'Adriatique après avoir traversé le pays des Vénètes. S'il existait au nord de l'Europe une autre nation des Vénètes ou Vénèdes, serait-il fort étonnant qu'on eût donné au fleuve dont elle habitait les rives le nom du fleuve italien? Serait-il exorbitant de supposer l'existence des Vénèdes sur les bords de la Baltique au temps d'Hérodote, quand nous voyons ces Vénèdes mentionnés par Pline et Tacite (1) dans les mêmes régions au premier siècle de notre ère ? Le long silence de l'histoire ne saurait nous être opposé si l'on considère la rareté des rapports entre les peuples du Nord et ceux du Sud dans l'antiquité. Ce nom des Vénèdes nous le retrouvons au deuxième siècle chez Ptolémée (2) qui donne leur nom à un golfe; chez Marcien d'Héraclée au quatrième siècle, qui parle aussi du golfe vénédique (3).

(1) Pline, Hi.st. nat., liv.iv, ch. xiii,§ 97 : «Quidam haec habitari ad Vistulam usque fliivium aSarmatis, Venedis, etc., tradunt. » — Tac , de Mo>\ germ , c. xlvi : « Peucinoiiim Venedarumque et Fennorum nationes Germanis an Sarmatis adscribam duhito. » Tacite place donc les Vénèdes, c'est-à-dire les Slaves, sur les confins de TEurope alors connue, près des Finnois, ce qui est encore aujourd'hui parfaitement exact.

(2) Ptol., Géog., liv. m, ch. v: Karc'^si ^s -h Sapaaxîav sôva [j-é-^iora • dxi 'OuEvs^at iràp' oXov tov '0'J£V£S"i)cov >coX:tov. — Ptolémée mentionne aussi les BcOXavî; (les Volani de Nestor?) et les ^rctuavci (sxausvci, 2xXyXr,voi ?). Ihid.

(3; Marcicmi Herackotœ periplus , Gcogr. Grœci Minores. — Éd. Didot, Uv. u, 38.

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