‹ Cyrille et MéthodeChapitre 32 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

raient émigré vers le Nord à la suite des conquêtes romaines. Si spécieux que soit le système de M. Bielowski, si vaste que soit son érudition, ses conclusions nous semblent trop hasardées pour être admissibles. Il nous paraît cependant à peu près évident que les Slaves se sont de bonne heure étendus vers le Sud, dans les pays qu'ils occupent encore aujourd'hui. C'était l'opinion des premiers chroniqueurs qui entreprirent de fixer les légendes slaves transmises par la tradition ou daijs les chants héroïques. Nestor, au début de sa chronique, raconte, d'après un historien grec, Georges Hamartolos, le partage du monde entre les fils de Noé. Il énumère, d'après lui, les pays qu« Japhet obtint en partage. Hamartolos dit : 'ApKacTia, 'H7r6<j)wT/î,''lAAi;p/ç, Aù^viriç ; Ncstor écrit : Arkadia, Epi* rotia ^ Iliourik^ Sloviene , Louchnitia, etc. (1). Sloviene est évidemment une glose ajoutée par le moine de Kiev au mot Iliourik. Suivant Nestor , interprète des traditions antérieures, l'Illyrie était donc originairement un pays slave. C'est là, sur les bords du Danube, qu'aurait été la patrie primitive des Slaves. Peu à peu ils se seraient étendus vers le Nord ; puis serait arrivé un peuple étranger, les Vlochs^ qui auraienl chassé les Slaves du Danube, lesquels auraient définitivement émigré vers le bassin de la Vistule ou du Dnieper. Le nom de Vlochs était donné par les Slaves aux peuples celtes et pélasgiques (2). Il ne serait pas

(1) Nest., c. I, éd. Bielowski.

(2j Dictionnaire de Mikiosich, au mot Vloch. Encore aujourd'hui, les Polonais et les Tchèques appellent l'ilalie Vloch. — Un écrivain

impossible que l'invasion dont parle ici Nestor fût la même que mentionne Justin. Il raconte, en effet, (liv. XXIV, chap. 4), d'après Trogue Pompée, que les Gaulois, au iv^ siècle avant Jésus-Christ, allèrent s'établir dans la Pannonie dont ils soumirent les habitants. Ce sont les Celtes que devait plus tard rencontrer Alexandre. Suivant Dalemil, le chroniqueur tchèque du xiii^ siècle, les Serbes, c'est-à-dire les Slaves, se seraient établis après le déluge sur les frontières du pays grec le long de la mer, et se seraient étendus jusqu'à Rome (1). Les chroniques polonaises prétendent aussi que Flllyrie fut le berceau des nations slaves (2). Sans doute il faut se méfier des légendes et de l'ethnographie des peuples primitifs ; mais les données incertaines de la chronique acquièrent une force probante très-sérieuse, quand elles concordent avec celles de l'histoire et de la philologie. C'est ce qui se

russe^ que nous aurons occasion de citer plus d'une fois, M. Hilferding. dans son Histoire des Slaves Balttques, suppose que les Ylochs de Nestor sont les Romains de Tiajan.

(1) Dalemil, Chronica, cdit. Hanka. —J'ai ti'aduit quelques légendes slaves de Dalemil dans la Bohême historique et littéraire, librairie internationale, 1867.

(2) Chronique de Mierzwa et de Vincent. Dans un manuscrit du xiv^ ou XV* siècle du De Officiis de Cicéron , le copiste ajoute après ces mots : rex lllyriœ, id est Slavoniœ. {V. Bielowski, Monumenta hislorica Poloniœ, p. 838.)

Un fait qui semble prouver que les Slaves ont habité depuis une haute antiquité les bords du Danube, c'est le rôle important que ce fleuve joue dans les chants populaires des Ruthènes, des Polonais et des gi'ands Russes. — Voyez les textes cités par Zubricki, Histoire de la principauté de Halicz, Lemberg, 1852 (en russe).

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