CHAPITRE PREMIER
rencontre ici. Il existe au sud de la Hongrie une petite rivière qui se jette dans le Danube et que les Serbes appellent Tsierna (la noire). Une inscription recueillie par Katancsich fious apprend le nom d'une station militaire établie parles Romains, Tsiernen(i). Ptolémée et la table de Peutinger mentionnent deux villes du nom de Serbinon qui paraissent également slaves (2). Plusieurs villes fort anciennes du littoral de l'Adriatique ont des noms slaves : Tergeste (en slave Terg^ marché) ; Pola (Pôle, champ, plaine); File Gradus (cf. Grad. le russe Gorod , château , place fortifiée) ; etc.
La Bohême actuelle parait, elle aussi, avoir été, dès le commencement de l'ère chrétienne, sinon habitée, du moins visitée par les Slaves. Encore aujourd'hui le Bohême appelle Silezi^ Slesi le pays des anciens Silinges, l'Autriche RaJwusko. C'est \e nom des Rakati dont nous parle Ptolémée ; enfin le nom d'une partie de la Bohême Krkonose (pron. Kerkonose) rappelle celui des Korkonti du même géographe (3).
En résumé, l'induction, Thistoire et la philologie s'accordent à nous montrer les Slaves établis de temps immémorial dans les vastes régions qui s'étendent entre la Baltique et le Danube, entre les Pélasges, les Germains, les Lithuaniens (4) et les Finnois. Nous n'a-
(1) Gcog., épigr. ii, 233,294, 312.
(2) Ptol., liv. II, c. XVI.
(3) V. Palacky, Gesch. von Bœhmen, liv. ii, ch. i".
(4) On me fera sans doute remarquer que le peuple lithuanien appartient lui-même à \a race slave; sans doute, mais il offre dans sa religion et sa langue un caractère si particulier que je n'hésite pas, à rexein[)lc de Schafarik, à le rejeter en dehors de ce travail. L'étude
vons, du reste, rien de positif sur leur histoire jusqu'à l'époque où ils se constituent en nations bien distinctes et forment les quatre groupes principaux de Bohèmes, Slaves du Sud (Slovènes , Serbes , Croates et Bulgares), Polonais et Russes. Ajoutons-en un cinquième, celui de Slaves du Nord ou de la Baltique dont l'histoire n'est guère que celle de leur destruction. Mais ce ne fut qu'après la chute des Romains et des Huns que les Slaves commencèrent à s'organiser. Pendant les invasions barbares, leur histoire se confond avec celle des peuples envahisseurs dont les historiens ne savent pas toujours les distinguer. Il nous est difficile, par exemple, de ne pas voir des Slaves dans ces peuples hospitaliers qui, au rapport de l'ambassadeur Prisons (1), lui offrirent sur sa route du millet et de l'hydromel, appelé, dit-il, medo en la langue du pays. La culture du millet et la fabrication de l'hydromel appartiennent en propre aux peuples slaves (2). Encore aujourd'hui, med^ miod (madhu en sanscrit) veut dire chez eux miel et hydromel. L'allemand me^/i (hydromel), sans aucun rapport avec le mot honig^ miel, a été évidemment emprunté aux Slaves.
Le déplacement des peuples germaniques , l'arrivée des peuples touraniens durent exercer un contre-coup sur les Slaves. Quand les tribus germaniques du Nord
de rélëment lithuanien est fort difficile, fort compliquée, et je ne puis que renvoyer aux travaux de Lelewel^de Schleicher et des historiens prussiens.
(1) Frisci fragm. Fragm. Ilist. Grœc, cd. Didot, p. 83.
(2) Leo7îis impsrat. TacHca, c. xviir.