CHAPITRE PREMIER
abandonnèrent les rivages de la Baltique pour se porter sur le Danube et sur le Rhin , les Slaves s'étendirent vers l'Ouest et occupèrent le littoral abandonné. C'est ce que permet de conclure la comparaison entre le texte de Tacite et de Pline et celui de Ptolémée. Pline place les Vendes au bord de la Vistule, Tacite les met auprès des Finnois (1). Ptolémée donne à la Baltique tout entière le nom de mer des Vénèdes (2). Il était important de constater cette migration. Quant à l'histoire des rapports des Slaves avec les peuples barbares , les Huns , les Goths , les Lombards , elle n'appartient pas à notre sujet , et nous n'avons pas à la retracer.
Nous possédons sur leur caractère, leurs institutions, leur mythologie des données sans doute incomplètes mais plus précises cependant que sur leur histoire. Pour les trouver, il faut, il est vrai, descendre jusqu'au vi" siècle de notre ère ; mais on doit considérer que les mœurs des peuples barbares ne se modifient point comme celles des nations civihsées. Les descriptions de Tacite auraient pu s'appliquer aux Germains de Marins comme à ceux de Marc Aurèle : les détails que nous fournissent sur les Slaves Procope ou Jornandès, Adam de Brème ou Constantin Porphyrogénète , n'appartiennent pas plutôt à un siècle qu'à un autre et nous pouvons les fondre et les combiner sans avoir à redouter le reproche d'anachronisme (3).
(1) y. plus haut.
(2) Ptolémée ^ ni , 5 : Karà tôv •Qusve^'uôv ko'Xttov...
(3) A cote de ces sources, il faut placer les indications de la philo-
Nous retrouvons dans les auteurs anciens la plupart des traits qui distinguent encore aujourd'hui les peuples slaves, surtout ceux qui ayant longtemps vécu loin de la civilisation latine, ont le mieux conservé leur caractère primitif. Le goût de l'agriculture , Famour des institutions libres^ la passion de la musique; tels sont encore les traits dominants des Slaves du Sud chez lesquels le type primitif nous paraît s'être le mieux conservé. La Bohême et la Pologne ont subi l'influence du latinisme et du germanisme , la Russie a reçu de Byzance une civilisation fausse que le contact des peuples touraniens n'a point améliorée. Les Serbes ont mieux gardé la tradition slave , et leurs mœurs ne se sont pas sensiblement altérées au contact des Grecs et des Turcs.
Les écrivains grecs ou latins s'accordent en général à nous présenter les anciens Slaves comme un peuple paisible, laborieux et hospitalier (1). Tacite, il est vrai,
logie. Tous les mots communs aux diverses langues slaves prouvent que les objets qu'ils désignent étaient connus de la race slave avant sa division en peuples. Ainsi^ à défaut de tout autre témoignage, la langue seule nous l'évèle que les Slaves connaissaient, dès la plus haute antiquité, l'art de la construction, ragriculture, l'art de tisser les habits. Elle nous fournil même de précieuses indications sur leur législation et b^urs mceurs. {V. un intéressant travail de M. Wocel dans la Revue duMuséum de Prague, 1864.)
(1) Proc, de Belîo gothico, 1. ni, 44 : novv?pôt x xaxoùp^oi w; vi^ncrra rjy/,avou(7iv ô'vtsç. — MauricU Stvateg.^ édit. Scheffer, Upsaliael664 :
Eiaî 5à ToT? èri^îvc'jac'voi; aùrcT; riiTict...— Y. auSSi ThéophvlactC, Ilist , liv. VI : (-1; (2xAa€T,vo'.ç) -^àp b tt&Xsu.cç rv àviarop'/iTo;. — Vlta S. Ottonis,
liv, II, c. XL : « Tanta lides et societas est inter Slavos ut, furtorum etfraudium penitus inexperti^cistasaut serinianon habeantserrata.'