‹ Cyrille et MéthodeChapitre 35 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

signale chez les Vénèdes des habitudes de brigandage (1), mais il semble les attribuer à l'influence des Finnois. La chasteté des femmes slaves étonne les écrivains byzantins et leur paraît presque surnaturelle (2).

Ils constatent déjà chez eux cet esprit de particularisme, cette tendance à l'anarchie qui a fait le malheur de la Bohême et de la Pologne (3). Les Slaves étaient essentiellement agriculteurs. Chez nous, dit un écrivain croate, M. Raczki, on ne trouve ni banquiers, ni prolétaires; chez les Slaves, dit Helmold (ii, 12), il n'y a pas de mendiants. Aujourd'hui encore en Pologne, en Bohême , en Russie le commerce est le plus souvent aux mains des Juifs et des Allemands. — Les principaux objets de la culture étaient le millet;, le blé, le miel. L'hydromel (miod, med) était la boisson favorite des Slaves, et c'est à eux, comme nous l'avons dit plus haut, que les Germains en empruntèrent l'usage.

— Helmold, i, 82 : « NuUa gens honestior Slavis in hospitalitalis gratia.— Leonis Tact ^ c. xviii, 103.

(I) De moribus Germ., ch. xlvi.

(2j Mauricii Strateg., 1. xi, c. v : ^[(oçpovoyîi ^ï xal ôrixsx aOrCiv uTCsp TTotcav o'jcriv àv6pw7;cu. — Cf. Saiict. Bonifat. epistol. lxxu. — Léon le Sage, Tact.yC. xviii, § 106, reproduit presque exactement les termes de Maurice.

Les Slaves connurent la polygamie, mais l'usage paraît en avoir été restreint — y. mes Chants héroïques et chansons populaires des Slaves de Bohême^ Paris, 1806, p. Ci,6o. — y. aussi Acta sawc^orwm, (juillet, tom. I, 66) : c Dux XXIV concubinas ritu gtntili sune legitimne uxoii superduxerat. »

(3) MauriC. Strateg. (liv. XI, c. v) : "Avapy^a ^ïx.où y.icrâXXriXa ovra

l4 CYRILLE ET MÉÏHODE.

Il est à remarquer que le nom moderne de la charrue pflug, et l'ancien nom gothique du pain chlaib , se retrouvent dans les langues slaves. Il est probable que les belUqueux Germains doivent ces mots aux pacifiques voisins dont le nom devint plus tard pour eux synonyme d'esclave.

Les Slaves , a dit justement Kopitar , connaissaient l'agriculture et les arts de la vie civile, mais ils avaient entièrement négligé l'art militaire , mesurant l'équité et la justice des autres à la leur (i). Cependant certains peuples slaves avaient une grande réputation de bravoure^ témoin le nom que se donnaient à eux-mêmes les Lutitses, les Obotrites (luty^ bodnj^ brave, vaillant) ; celui que les Allemands donnaient aux Vagriens {wacker^ brave) ; témoin surtout le nom d'Antes (angl. sax. ent^ goth. e7iz, géant) que les Goths donnaient à une de leurs tribus et qui est parfois appliqué à la race slave tout entière (2). Aujourd'hui encore le nom d'un comté de l'Angleterre, le Wiltshire, rappelle peut-être les audacieuses émigrations des Wiltses qui de bonne heure pénétrèrent jusqu'en Hollande (3).

(1) Kopitar Glagolita Klozianus^p. xxx; sur l'étymologie â'esclave, \o\ez Guérard, Polyptique de l'abbé Irminon, 1. 1, p. 2.S3.

(2) Helmold, 1. ii, c. xiii. — Le nom des Antes se trouve pour la première fois dans Pi'ocope et la dernière fois dans Paul Diai;re.— Jornand, ch.v: « Antes qui sunt Vinidarum fortissimi. >; — Un chroniqueur dit, en parlant des Slaves en général : « Est hujusce modi genus hominiim durum et laboris patiens,victu levissimo assuetum, et quod nostris gravi oneri esse solet, Slavi pro quadam \oluptate ducunt. » Widukind. (Pertz, tom. v, lib. ii, 20.) — Sur le nom des Antes, voyez Schafarik, Antiquités slaves, § 25.

(3) Beda, Hist. eccl., 1. v, ch. xii.

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