CHAPITRE PREMIER
La constitution des Slaves, d'après le peu que nous en savons , était toute patriarcale. L'égalité des citoyens en était la base (1). Ils n'élisaient de chefs militaires que pour la guerre et ne reconnaissaient en temps de paix que l'autorité des vieillards ou chefs de familles. L'hérédité des terres et l'esclavage leur étaient également inconnus.
Ils pratiquaient un communisme de famille dont le type s'est conservé jusqu'au xv^ siècle dans les pays slaves germanisés de la Baltique et dans la Bohême, et qui subsiste encore aujourd'hui chez les Slaves du Sud sous le nom de Zadruga (2) ; c'est l'association des membres de la famille sous la direction de l'un d'entre eux appelé l'ancien (Starchyna) , pour l'exploitation du patrimoine commun. On en trouve une définition fort exacte dans l'ancien poème slave, le Jugement de Liboucha. Je ne puis que renvoyer à la traduction que j'en ai donnée et aux notes qui l'accompagnent (3).
CiOTî'ucucrt • /-al $ik toùto aùroï; t«v 7Tpa-j'|AaTwv àîi rats ^ûacpcpa xal rà ^ûay-oXa e»; xcivôv à-^srai. I roc, de Bello goth., m, 14. — Cf. Const. Porphyr.,ii, 29 ; Mauric, x, 5 , début de la Chronique de Cosmas. — Il faut toujours faire exception pour les Slaves de la Baltique^ que leur situation spéciale en face des Allemands et des Scandinaves obligea de bonne heure à uneorganisnlion religieuse et monarchique. Voyez notamment Eginhard {passim) et l'histoire des Slaves Baltiques de M. Hilferding : {Istorid liait ijskih Slavicm. Moscou, 1854.) 11 palaîtra prochainement à Bautzen une traduction allemande de cet intéressant ouvrage, due a M. Schmaler , rédacteur du Siavisches Centralhlatt.
(2) Voy. le dict. de Vuk., au mot zadruga, etc.
(3) Voy. Chants héroïques et chansons populaires des Slaves de
d6 CYRILLE ET MÉTHODE.
Les Slaves devaient avoir peu de villes ; il est probable que les cinquante-neuf cités que Marcien d'Héraclée met dans la Sarmatie n'étaient que de simples villages en bois. Citons cependant les noms des villes de Stargard (Oldenbourg);, Arkona, Retra, Stettin,Novogorod, Kiev que les écrivains du ix^ et du x^ siècle font remonter à une haute antiquité et auxquelles les sanctuaires qu'elles possédaient donnèrent une grande importance (1).
Nous n'avons point de renseignements précis sur le commerce des Slaves. Il est probable cependant qu'ils ne durent pas rester étrangers à l'exploitation de l'ambre de la mer Baltique. Pline et Pomponius Mêla racontent^ d'après Cornélius Népos, que des marchands indiens échouèrent un jour sur les côtes de la Germanie et que le roi du pays en fit présent au consul Métellus Celer. Cornélius Népos aura eu la même distraction que le copiste de Marcien d'Iiéraclée , écrivant 'U^dcôv Ttôxnov pour 'Ouej'(i^/x^>',et par ces Indiens il faut entendre sans doute des Vendes (2). Il doit y avoir eu quelques rapports entre eux et les Arabes, car on a trouvé sur
Bohème. Paris, 18G6, librairie inlei nationale, p. 60. ., et la note, p. 295.
(1) Nestor distingue toujours avec soin le village proprement dit de la ville fortifiée : grad.^ gorod. — Sur les Slaves de la Baltique, voyez les témoignages réunis par Hilferding, op. cit.
(2) Pline, Hist. nat.^ liv n^ ch. lxvu.— Pomponius Mêla, m, c. v, § 8. — Marc. Her. Hudson, geog. vet. script. Gra3C., p. 54.— L'édition Didot donne le texte 'Ojev^i/.o'v en faisant remarquer que le manuscrit porle tour à tour '(3'jîv(^i/.o'v , 'iv^'i/.ov, 'OuïXt)cc/'v , liv. n , note ou g 38, p. 558.