CHAPITRE PREMIER
blanc était aussi consacré au soleil. A la fin de la moisson une grande fête était célébrée en l'honneur du dieu. On immolait des moutons devant le temple ; puis le grand-prêtre s'avançait au pied de la statue, prenait la corne et regardait s'il y restait encore quelques gouttes du vin qu'on avait dû y verser l'année précédente (1). S'il en restait, le grand-prêtre prédisait au peuple une récolte abondante ; sinon, on avait à redouter la disette pour l'année suivante. Saxo Grammaticus nous révèle un autre singulier mode de divination. On faisait un gâteau de six pieds de haut; on le tenait debout : le prêtre se plaçait derrière et demandait au peuple s'il le voyait à travers le gâteau ; si le peuple répondait affirmativement, c'était un mauvais présage pour la moisson de l'année suivante (2).
Le temple d'Arkona était un des principaux sanctuaires des Slaves du nord. Il était fort riche : on lui offrait une grande partie des dépouilles de l'ennemi. Trois cents cavaliers étaient chargés de le garder (3) .
Suivant la tradition , Svatovit avait aussi un temple à Velehrad, en Moravie. Peut-être en eut-il un de
(1 ) Giesebrccht (Windische Geschichtcn) fait remarquer avec raison que les Slaves de la Baltique n'avaient pas de vin. 11 s'agit, sans doute, d'hydromel. Saxo Grammaticus emploie le mot merum comme étant d'une plus grande latinité.
(2) Saxo Grammaticus mentionne des dieux secondaires : Porevit, Jarovit, Rugevit^ qui n'étaient sans doute que la représentation des divers attributs de Svatovit. (Édit. de Francfort , in-4", i, 293.) La Knytlinga-Saga islandaise nomme un certain nombre de dieux slaves dont il est à peu près impossible de déterminer la nature.
(3) Cf. Helmold, I, 6,36,38; ii, 12.
bonne heure à Prague , sur la colline où depuis s'éleva l'église de Saint-Vit. On ne s'expliquerait pas trop sans cela pourquoi ce saint , d'origine sicilienne , martyrisé au iv^ siècle , aurait eu l'honneur de donner son nom à la métropole de Prague. En tous cas, il est sûr que Svatovit y était connu au xii^ siècle ; car il figure dans le curieux glossaire latin bohème intitulé : Mater verhorum. On appelle ainsi une sorte d'encyclopédie en langue latine rédigée au début du x^ siècle , par Salomon , évêque de Constance. Un copiste bohème du XIII'' siècle , en recopiant ce manuscrit, y a joint des gloses tchèques fort intéressantes qui ont été publiées en 1840 par MM. Schafarik et Palacky dans l'ouvrage intitulé : Die allesten Denkmœler der hœmischen Sprache (1). Triglav était le dieu des Slaves de Poméranie : ses principaux temples étaient à Stettin et à Volin (2). Son nom veut dire le dieu à trois têtes {tri , trois , glava , tête) , et c'est, en effet, avec trois têtes qu'il était représenté. Il était regardé à Stettin comme le
(1) Pour éyiter des notes trop nombreuses, nous donnerons ici les piincipaux termes relatifs à la mytiiologie qui figurent dans le Mater verborum : Belboh, Baal; besi, dœmonibus; das^ genius; y Perounova, et Jovis ; Yesen^ Isis ; Verun^ Jupiter ; Purnata, Proserpina j Radhost, Mercurius, àmercibus est dictus; Scatovit^ Ares, bellum, Mavors; Svoba, Feronia, dea paganorum ; trihlav, triceps, qui habet capita tj'ia caprse ; tryzna, inferiae, sacrificia quœ diis manibus oflerebant ; Velles, Pan ; vilkodlaci, incubi; Siva {Ziva), dea frumenti,Ceres. — Quelques-unes de ces traductions sont fort difticiles à expliquer.
(2) Sur Triglav, voyez les écrivains de la Vie d'Othon de Bamberg. — Ebbo., 57, 64anony. San Cpuciarius, 11, 111, 112 ; André, 183; dans les Monumenta historica Germaniœy de Pertz, vol. xiv, p. 794, 851,852, 859, 872, etc.