CHAPITRE PREMIER
plus grand des dieux. Sa triple tête était recouverte d'un triple diadème d'où pendait un voile qui descendait jusqu'aux lèvres. Il régnait sur le ciel , la terre et l'enfer. Il se couvrait les yeuxd'un voile noir, disaient ses prêtres, pour ne pas voir les fautes des mortels. Un cheval noir lui était consacré. L'un des prêtres attachés à son culte avait seul le droit de le monter ; et de ses mouvements on tirait certains présages à S tettin, comme on faisait à Arkona pour le cheval blanc de Svatovit.
Triglav était aussi adoré dans le Brandebourg (1) , et l'on a trouvé dans la Misnie un grand nombre d'idoles à trois têtes. Son culte était donc pratiqué par tous les Slaves du nord.
Il existe évidemment entre Triglav et Svatovit une grande analogie, peut-être une véritable identité. Les deux divinités ont à peu près le même pouvoir et les mêmes attributs. Le nom de Triglav n'a pas de sens particulier. Ce fut sans doute, dans l'origine , un surnom donné à quelque idole de Svatovit , à cause de sa figure. Puis le surnom remplaça le nom. Triglav devint le substitut de Svatovit.
Procope, dans le passage sur le dieu suprême auquel nous nous sommes référé plus haut;, appelle ce dieu le Dieu Tonnant {rnç àffr^xxnîjç J^iuiovpyôv) : cette épithète s'appliquerait bien au dieu Peroun , dont le culte était répandu chez tous les Slaves , notamment chez ceux de Russie les plus voisins de Constantinople. Aujourd'hui
( 1 ) Chronicon Puïhavœ, Dobnei". , Monumenta historiœ Bohemiœ, \ 67.
encore la foudre s'appelle : en polonais , piorun ; en russe, perun (rac. peru, prat^ prou, frapper; cf. le latin ferîo.) C'est le même dieu que celui des Prussiens Lithuaniens (Perkounas). Il était adoré en Russie , comme le premier des dieux après celui du ciel : il suffit d'ouvrir Nestor pour s'en convaincre. Les traités cités par ce chroniqueur se terminent presque toujours par cette formule : « Que celui qui violera ce traité soit maudit par Dieu, par Peroun et par Volos, dieu des troupeaux (1). »
Le centre du culte de Peroun était à Kiev. Le grand duc Vladimir lui fit ériger dans cette ville, en 980, une statue en bois dont la tête était d'argent et la barbe d'or. Le prince Dobrynia lui en éleva une à la même époque à Novogorod. Le culte de ce dieu était encore répandu en Pologne, comme le confirme la tradition universelle. On trouve dans d'anciens contrats la formule suivante : « Depuis tel endroit jusqu'au chêne de Peroun (2). » De là, il pénétra jusque chez les Slaves de la Baltique. Helmold mentionne un dieu Prone ou Prove, et parle de chênes qui lui sont consacrés (3) ; mais le paraphraste d'Helmold au xv^ siècle, Marescalchus, écrit toujours Pron(4). Une chronique saxonne recueilhe par Leibnitz (5) écrit Prono. La
(1) Nestor, 21, 25, 36. (Éd. Bielowski.)
(2) Holovaczki, Chrestomathie russe, p. 317.
(3) Helm., d,52, 69,83.
(4) Nicol. Marescalchi, Universi annales Hendorumac Vandalorum. Wesphalen., Monument, inedita, m, 191.
(5) Leibnitz, Scrift, rer. Brunsw. m, 339.