‹ Cyrille et MéthodeChapitre 42 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mater verhorum cite Peroun et le traduit par Jupiter, ce qui prouverait que l'on n'ignorait pas en Bohême le culte de cette divinité (1). Enfin aujourd'hui encore dans les proverbes et les chansons des Slovaques le nom de Peroun revient à tout moment : Kize ti Perun, perunsky, Perun zuhy ukasal : Si Peroun le tonnant, Peroun te montrait les dents! — Buoh Parom za ohlakami vidi to zahnevany, — Blesk zahrmj jej do cela-, Hned is dêckom zkamenêla : Le dieu Peroun derrière les nuages voit cela avec colère. — La foudre l'atteignit au front. Aussitôt avec son enfant elle fut pétrifiée (2).

Un point important à constater, c'est que le culte de Perun n'acquiert tout son développement que là où celui de Svatovit est inconnu ; en Russie, par exemple. Là où les deux divinités coexistent, l'une fait tort à l'autre et la rejette dans l'ombre. Peut-être y a-t-il encore une identité primitive entre Perun et Svatovit? Peut-être aussi le culte de Perun fut-il substitué à celui de Svatovit, par suite des relations des Slaves russes et polabes avec les Germains et les Scandinaves. Il y a, en effet, plus d'une analogie entre lui et le Thor germanique. Dans l'état d'anarchie et d'incertitude où est encore aujourd'hui la mythologie slave , il est plus prudent de poser ces questions que de les résoudre.

(1) Le nom de Peroun, Pcron, Perovn est celui de plusieurs villes de la Poméranie. — V. Schwarlz , Geschichle dcr Pommcisch. Hiigischen Sladte, p. 47, 353, 598.

(2) Kollar. Spewanki, Chansons slovaques.

Rhadost (Radigast)(l) avait un temple à Rhetra, sur les rives de l'Oder, ou, suivant Thitmar, à Riedegost. Il se pourrait qu'on eût donné le nom du dieu à l'une des villes où il était adoré . Peut-être aussi, et c'est là l'opinion de M. Hilferding, cette ville n'était-elle autre que Rhétra. La statue de Rhadost était d'or ; sa main droite tenait un bouclier orné d'une tête de taureau, sa gauche une hallebarde. Sur sa tête était un oiseau aux ailes déployées. La Mater verhorum traduit son nom par Mercurius. Rad veut dire en slave, joyeux, propice ; host^ marchand. Cela justifie la traduction du glossateur tchèque. Elle est cependant peu d'accord avec les emblèmes que nous venons d'indiquer. Le nom de Radhost se retrouve sous des formes diverses en Pologne, en Russie, en Bohême, en Moravie. On ne sait s'il faut y voir un souvenir du culte de cette divinité, encore mal expliquée par les mythologues.

Helmold nous parle aussi de la déesse Siva, adorée, dit-il, parles Polabes (2). La chronique saxonne deBotho (3) mentionne encore cette divinité ; elle porte d'une main une pomme d'or, de l'autre une grappe de raisin. Du raisin chez les Polabes ! Il y a sans doute plus d'imagination que de réalité dans ce tableau. Il n'est pourtant pas en désaccord avec la traduction de la Mater verhorum qui mentionne le nom de la déesse et l'appelle Dea frumenii. Ce serait donc la déesse de la vie

(1) Helmold, 1,21,53, — Thitmar, apud Pertz, Morii/m. G erm., t.v, p 812. ~ Ad. de Br., ii, 18. (Pertz, t. vr, p. 312)

(2) Helm.,1, 53.

(3) Leibn., Scnp^. rer. Brunsw.^ m, 384.

Page 1