‹ Cyrille et MéthodeChapitre 48 sur 142 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

existence indépendante. Nous disons le moins slave , car aujourd'hui encore la plus grande partie de la Russie est habitée par des populations touraniennes (mordvines , tchéremisses , tchouvaches et autres) , l'autre partie est à peine , depuis hier, devenue slave par le langage sinon par les mœurs.

La civilisation slave a été de bonne heure étouffée en Russie par l'invasion des idées byzantines , mongoles et germaniques. Les recherches historiques et ethnographiques ne nous révèlent aucune nationalité slave au delà du Dnieper avant le x^ siècle ; et l'histoire postérieure nous montre la Russie primitive de Kiev s'étendant constamment vers l'Ouest, s'assimilant peu à peu les peuples voisins, transformant, à leur contact, sa langue et sa civilisation ; allant établir à Moscou le siège de ses tsars et revenant bâtir aux portes de l'Europe la capitale d'un empire de jour en jour plus menaçant. La logique montrerait, à défaut de l'histoire, que l'élément slave de Kiev n'a pas suffi à absorber, à slaviser l'immense plaine qui s'étend du Dnieper aux pieds de TOural. L'absorption mal graduée des populations touraniennes a produit un peuple nouveau , sui generis^ qui n'a pas le droit de se poser, comme il le fait trop souvent, en représentant unique de la race slave à laquelle il faut bien cependant le rattacher. Dire que l'empire russe n'est pas slave , qu'il ne l'est que pour un dixième ou pour un cinquième de sa population, peut être une vérité au point de vue anthropologique ; mais sur une vérité théorique , on ne saurait appuyer tout un système d'histoire ou de poli-

tique (1). Il est vrai que la Russie n'est pas slave : soit ; elle ne l'est que dans telle ou telle proportion : soit encore; mais qui déterminera cette proportion sans cesse variable ? Qui comptera combien le sang moscovite renferme de gouttes slaves ou touraniennes ? Si d'ailleurs on veut chercher un peuple dont la race soit restée pure de tout alliage , où le trouvera-t-on ? Il nous faudra refaire toute la terminologie géographique et toute la carte de l'Europe.

La Prusse devra être exclue de l'Allemagne , comme puissance d'origine slave, ou classée à part comme État slavo-allemand; car elle n'est en somme qu'un ensemble d'Etats slaves peu à peu germanisés. Que deviendra la France dans ce système? Ne pourra-t-on pas la rayer du nombre des races latines , comme on aura effacé la Prusse de la carte de l'Allemagne ?

Il ne serait que trop aisé de démontrer que l'élément latin n'est chez nous qu'un élément adventice superposé à notre fonds celtique et ibère, comme, en Russie , la couche slave s'est superposée à l'élément touranien ; et lorsqu'on nous aura arraché à la race que nous prétendons représenter, on pourra venir nous disputer jusqu'à notre nom sous le spécieux prétexte que les Francs appartiennent au monde germanique ? Où sera le peuple assez privilégié pour être resté pur de tout alliage étranger, ou même pour avoir conservé dans son sein la prépondérance de son élément primitif?

([) Voyez l'ouvrage de M. Duchinski : Aryas et Tourans, et celui de M. Henri Martin : la Russie et l'Europe.

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