‹ Cyrille et MéthodeChapitre 51 sur 142 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

leurs compagnons, se mirent à la tête des Slaves et leur imposèrent le nom de Russes qu'ils portaient euxmêmes. Il est probable que ce récit du chroniqueur n'est qu'une satisfaction donnée à l'amour-propre national. Les Varègues conquirent le pays et firent accroire aux Slaves qu'ils n'avaient fait que répondre à leur appel. Cet événement important est de l'année 862. Les Slaves de Moravie et de Pannonie et de Bulgarie étaient alors chrétiens ou se disposaient à le devenir ; quant aux Russes , ils n'embrasseront le christianisme que beaucoup plus tard. Mais malgré l'ingénieuse hypothèse de M. Hilferding (1), ils resteront étrangers à la mission des deux apôtres slaves et ne se convertiront à la foi chrétienne qu'à la fin du x^ siècle. Il en sera de même des Lekhs ou Polonais.

La Pologne n'entre vraiment dans l'histoire qu'avec la dynastie des Piasts vers 860, et elle ne doit recevoir le christianisme qu'en 965.

Placés aux portes de l'empire byzantin, avec lequel ils entretenaient de fréquents rapports , les Slaves du midi devaient subir les premiers l'influence des idées chrétiennes. Dès le v^ siècle Moïse de Khorène signale en Thrace sept nations slaves (2). Procope, Ménandre nous donnent de nombreux détails sur les luttes que les Grecs soutiennent au vi'' siècle contre les nouveaux arrivants. On fut obligé pour leur résister d'élever de

{{) Voyez plus bas, ch. in.

(2) Voyez Schaf., ch. in, g 29 ; — Stiitler, Memoriœ pop., tom. ii. passim.

nombreuses forteresses (4). Ils s'allièrent aux Avares et pénétrèrent avec eux jusqu'aux environs de Constantinople. L'empereur Constantin-Tibère détacha les Avares de leur alliance (581) et excita une guerre entre les deux peuples ; mais ce ne fut qu'un court répit. Bientôt nous retrouvons les Slaves sous les murs de Thessalonique, qui ne fut sauvée, suivant la chronique, que par les miracles de saint Démétrius (2). Le nom de iS7i:/a?)mia,employévers cette époque par Théophane (3) pour désigner une partie de la Macédoine, nous montre qu'au VI" siècle ils possédaient des terres au sud du Danube. Mais les relations des Slaves avec les Grecs n'étaient pas toujours hostiles. Un grand nombre d'entre eux prirent du service à la cour de Byzance. Deux Antes Dohrogast et Usegrd participèrent à la guerre de Justinien contre la Perse ;4). L'empereur Justinien luimême paraît avoir été d'origine slave. Il appartenait à une famille établie en Dalmatie. Son père est appelé par Procope et Théophane sahhatios] mais, suivant un biographe de Justinien, le prêtre Théophile, il s'appelait en sa langue Istok, ce qui veut dire en slave Orient et correspond au mot grec sabhatios. Le nom de sa mère Viglenitsa est également slave. Lui-même se nomma d'abord Upraouda (pravda, vérité , justice) et latinisant son nom se fit appeler Justinien (5).

({) Stritt., t 11, p. 45.

(2) Vie de S. Dem., Ada sanct., oct. , tom. iv. — Léo Diacon., éd. Hase, Paris 1819.

(3) Ap. StriU., 11, 73.

(4) Agath., ap. StriU., ii, 33.

(5) Ces détails se trouvent dans une Vie de histinien écrite par son

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