CHAPITRE II
progrès avait fait le christianisme dans ces différents pays jusqu'au milieu du ix^ siècle.
Les officiers slaves que nous voyons , au vi^ siècle , figurer dans les armées byzantines , étaient sans doute chrétiens.
Il n'est pas probable que l'empereur grec eût admis des païens à son service. Au vu'' siècle , de 766 à 780, c'est un slave, Nikétas, qui occupe le siège patriarchal de Constantinople (1). En 691, le concile de Trulles (appelé ainsi du nom du palais où il se tint) interdit aux chrétiens de la Péninsule hellénique les fêtes païennes, telles que les Kalendse et les Roussalia ; c'était le nom de certaines fêtes qu'avaient conservé les Slaves récemment convertis (2).
Les nombreux captifs grecs que les Bulgares avaient faits dans leurs guerres contre Constantinople avaient aussi répandu parmi eux la foi chrétienne. Les chroniques grecques nous apprennent que le prince bulgare Mortagon persécuta vivement ceux de ses compatriotes qui embrassaient le christianisme (3). Le témoignage du moine Chrabr n'est pas moins positif (4). « Les Slaves primitifs, dit-il, quand ils eurent été baptisés, écrivirent leur langue inexactement avec des caractères grecs et romains. Ils restèrent ainsi plusieurs années , jusqu'au moment où Dieu suscita Cyrille... » Théophane mentionne aussi la conversion
(1) Strilter, ii, p. 80, 542.
(2) Maiisi. Conc, i, 987.
(3) Stritter, ii. 563, 5G8.
(4) Voyez sur Chrabr le chapitre xiii.
d'un prince bulgare nommé Telès, qui fut obligé de s'enfuir à Constantinople où il reçut le titre de patrice ; mais cette conversion isolée n'eut aucune influence sur la nation qui n'embrassa la foi chrétienne qu'au ix*' siècle (1).
Les Serbes et les Croates , dès leur arrivée dans la Péninsule hellénique , furent évangélisés par ordre de l'empereur Héraclius (2). La politique n'était pas étrangère à cette mesure. Le pape Jean IV, en recevant les nouveaux chrétiens dans le sein de l'Éghse , leur fit défense d'envahir la terre de l'empire grec , prescription fort politique et qui fut sans doute dictée par l'empereur. Un évêché fut établi chez eux (3) , et le christianisme se développa sans obstacle au milieu des Slaves de rillyrie. Le prince des Croates s'appelait alors Porga.
Plus tard, nous aurons à signaler chez les Slaveslllyriens les effets de l'introduction de la liturgie slave en Bulgarie.
Les Slaves s'étaient aussi répandus dans les bassins de la Save et de la Drave, dans les provinces actuelles de Carinthie et de Styrie. Le christianisme leur vint à la fois de l'ItaUe et de l'Allemagne. Dès le début du VII* siècle, saint Colomban avait songé à les conver-
(1) Théoph., ap. StriUer,ii, 531.
(2) Const. Porphyr. i,31.
(3) Const. Porphyr. Il n'est pas sûr que cet Héraclius soit le premier prince de ce nom : peut-être la conversion de ce prince ne s'accomplit-elle que sous Héraclius Constance II, ou Héraclius Constantin Pogonat (668-685;. Le texte de Constantin Porpiiyrogénète ne dit rien à cet égard.