CHAPITRE II
tir (1). Après lui, de nouvelles tentatives furent faites par saint Amand, évêque d'Utrecht (2), par saint Emmeran, aidé du moine Vitalis, versé dans la langue slave, et saint Rupert, le premier évêque de Salzbourg (Juvavia); mais elles eurent peu de succès (3). Les Slaves redoutaient les Germains. Virgile, évêque de Salzbourg, à qui son zèle valut le surnom d'Apôtre de la Carinthie, fut d'abord plus heureux. Il s'entendit avec le prince Chotimir (4), qui seconda les efforts de ses missionnaires. Plusieurs églises s'élevèrent; mais Chotimir étant venu à mourir, tous les prêtres allemands furent chassés (5). Ils revinrent un peu plus tard, sous le prince Valtuno. Les Slaves de Carinthie et de Styrie ne se convertirent définitivement que lorsque leur pays eût été conquis par les Francs. Au début du ix^ siècle, Arno, successeur de Virgile, secondé par Ingot, un de leurs princes, leur imposa le baptême en même temps que la liturgie latine (6), qu'ils conservèrent jusqu'à l'époque où Cyrille et Méthode vinrent évangéliser les Moraves. La Styrie et la Carinthie firent partie du diocèse de Salzbourg.
{]) Jonas, Vita S. Co^Mm^awi, ap. Assemani, ii, 21 : « Ei cogitalio in mentem venit ut Veneticorum qui et Sclavi dicuntur, terminos adiret, caecasque mentes evangelica luce iliuslraret. »
(2) Acta SS. Febr.
(3) Schaf., tom. ii, vi, § 3:i. - Pertz, scriptor, i, 92, 94; iv, 543 et 574.
(4) Un parent de Chotimir, le prince Cacatius, s'dtait déjà converti auciiristiauisme Anonym. Salisburg, de Conv. Car., ap. Ginzel Cod., p. 47, 48.
(5) Ib., p. 40.
Le christianisme eut aussi grand'peine à s'établir en Bohême. Les Tchèques le repoussaient comme étant la religion de l'étranger, de l'Allemand. Le vieux chant héroïque de Zaboï suffit à le prouver.
La première trace de christianisme en Bohême se retrouve dans une chronique germanique (1). En 844, quatorze seigneurs bohèmes se seraient rendus à Regensbourg (Ratisbonne), où se trouvait Louis-le-Germanique, et y auraient reçu le baptême. La chronique n'ajoute rien à cette vague indication. C'est tout ce que nous savons sur les origines du christianisme dans le pays des Tchèques.
Ce fait eut pour conséquence que la Bohême resta, jusqu'à la création de l'évêché de Prague^ partie intégrante du diocèse de Ratisbonne.
Dans la Moravie, comme chez les Slaves de Carinthie et de Styrie, le christianisme ne fit son apparition qu'après les victoires de Charlemagne sur les Avares, grâce au zèle apostohque des évêques de Passau et de Salzbourg. Un parent de Moïmir , Privina, établi dans la Pannonie inférieure, fonda un grand nombre d'églises, notamment celle de Nitrava [836] (2). Des conflits s'élevèrent entre le siège de Passau et celui de Salzbourg, au sujet des peuples récemment convertis. Le roi Louis, en 829, mit un terme à ces discussions.
(1) Rudolphi, Fuld. ann. (Perlz, script., i, 364); « Ludovicus quatuordecim ex ducibus Boemorum cum hominibiis suis religionem desiderantes suscepit et baptizari jussit. »
(2) Voir sur Pri\ina Conversio Carmitanorum , dj^. Ginzel C*»d., p. 46 et sq.