CHAPITRE II
Les pays situés à l'est du Kahlenberg étaient divisés en deux parties par les rivières Spiraza et Raba. Il décida que la partie N.-O. appartiendrait à l'évêché de Passau, et la partie S.-E. à l'évêché de Salzbourg(4). Ainsi la Moravie relevait au spirituel des deux archevêchés. Le clergé allemand y dominait; la liturgie s'y faisait en langue latine.
On comprend que dans de telles conditions, le christianisme ait eu quelque peine à s'enraciner chez les peuples slaves. Les querelles des évêques allemands devaient singulièrement scandaliser ces populations naïves. Cela seul suffirait à nous expliquer l'idée qu'eut Rastiz, le successeur de Moïmir, de former dans ses États un clergé slave^ auquel serait confiée la prédication de l'évangile.
Le christianisme avait donc, au milieu du ix^ siècle, pénétré à peu près chez tous les peuples slaves compris entre les Balkans et les Carpathes. Il venait de deux centres différents : Rome et Constantino'ple. L'unité de doctrine ne souffrait pas de ce duahsme. Cependant il existait depuis longtemps entre les deux capitales des rivalités religieuses qui ne devaient pas tarder à éclater. Byzance avait sa langue et sa liturgie comme Rome avait la sienne ; elle s'appelait avec orgueil la « Nouvelle Rome (2), » et prétendait égaler en tout son aînée. Par suite du partage de Gratien et d'une décision du concile de Nice (Canon VI, en 395) le pâli] Boczek., Codex di-plomatkus Moraviœ, i, 18. — Hansiz, Germ. sacra, ii, 125.
(2) Socr.jliv. V, 3.
triarchat de Rome étendant son pouvoir sur la préfecture d'IUyrie et les diocèses de Macédoine et de Dacie (1) , le patriarchat de Byzance s'indignait de cet empiétement et n'attendait qu'une occasion pour revendiquer ses droits. La querelle des deux Églises devait exercer un grave contre-coup sur les destinées de la race slave. Au surplus Thistoire de ce mémorable conflit a été assez étudiée chez nous. Les sources sont assez faciles à consulter pour que je me croie dispensé d'insister. Remarquons seulement que, par suite de la division que nous venons d'indiquer, Thessalonique, patrie des apôtres slaves, ressortissait directement du siège de Rome, ainsi que la Moravie, où ils remplirent leur mission. Ce fait exerça une grande influence sur leur vie tout entière. Il était important de le constater.
(1) JSotitiadignU.t éd. Bœckhig, lom. i, p. 13 et sq. ; tom. ii, p. 9 et sq., 13 et sq.