CHAPITRE III
La renommée de Constantin allait augmentant tous les jours. Le logothète Théoktiste, membre du conseil de régence, professait pour lui une grande estime et lui offrit en mariage sa filleule, belle et riche personne. Il lui faisait entrevoir dans un avenir assez rapproché la position de stratège; mais Constantin refusa et déclara qu'il désirait se consacrer tout entier à la science et à Dieu (1). Peu de temps après il se fit ordonner prêtre (2) , et obtint le titre de bibliothécaire du Patriarche à Sainte-Sophie. Mais , comme son frère, il quitta bientôt le monde et alla se renfermer dans un monastère sur le bord de la mer de Marmara (3). Ce monastère , comme celui où Méthode s'était retiré , appartenait àTOrdre de saint Basile. C'est sans doute par suite de cette circonstance que Constantin et Méthode figurent au martyrologe romain parmi les religieux de l'Ordre des BasiUens (4). On alla chercher Constantin dans sa retraite; il dut retourner à Constantinople et accepter une chaire de philosophie. Il remphtavec éclat cette nouvelle fonction; on sait que le surnom de Philosophe est resté attaché à son nom (5).
C'est ici que se place sa première mission. Toute
ait élé moine ; mais ou peut le conclure d'un passage où elle le représente parlant de so/i monastère: « Defunctum fratrem IVatervivus ad monasterium suum reduceret. »
(1) Vie de Const.^ ch. v.
(2; Translal., i ; Leg. raor., i.
(3) Vie de Const., v.
(4) Martxjr. Roman., 14 mars, édit. de Katisbonne, 1846, p. 288. (Jj) Transldt , i. Vie de Méth.^ ch. iv.
fabuleuse qu'elle paraisse (1) , elle n'offre pourtant rien d'invraisemblable. Suivant la légende, un chef de Sarrazins aurait envoyé à Constantinople demander un théologien qui voulût bien venir discuter chez les Arabes le mystère de la Trinité.
L'unité divine est, on le sait, un point fondamental de la doctrine arabe : tout leur enseignement théologique, encore aujourd'hui, ne consiste que dans l'étude mnémonique des versets du Coran et dans de longues discussions contre la Trinité des chrétiens. Ces discussions ont toujours été dans le goût des Arabes (2). M. Angelo Mai a publié , il y a quelques années, dans la Nova biUiotheca Patrum^ la réponse d'un théologien de Constantinople , contemporain de Cyrille, Nikétas de Paphlagonie, à une lettre envoyée par des théologiens arabes : 'e^ri J'taÇoxf. rdv ;)^^tffTiavC}¥ Ttîffrifûç (3). Ce document a-t-il quelque rapport avec la mission de Constantin, je n'en sais rien ; mais il la rend très-vraisemblable. L'empereur Michel III le désigna de concert avec le nouveau patriarche de Constantinople, Ignace, si célèbre par sa lutte avec Photius (4). Il partit accompagné d'un envoyé de l'empereur, Georges Polata. Il avait alors 24 ans (851). Dans quelle contrée , vers quelle ville se dirigea-t-il ? Nous l'ignorons.
(1) Ce fait ne se trouve que dans deux légendes.
(2) Elles étaient foit à la mode à Constantinople et dans tout l'Orient Voyez dans Nestor l'entretien du prince Vladimir avec les docteurs mahométans, juifs et chrétiens, ch. xxxix.
(3) Nova Patrum bibliotheca, tom. iv, pars ii, p. 409, 431.
(4) ViedeConst,,ch, \i.