‹ Cyrille et MéthodeChapitre 59 sur 142 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La biographie appelle Amerman (Omar?) le chef par lequel il fut reçu , mais ne nous donne aucun renseignement géographique. Il soutint la discussion avec éclat, mais il ne put convaincre les Arabes qui de leur côté essayèrent inutilement de le séduire en étalant devant lui leur science, alors très-vaste, comme on sait, leurs trésors et leurs enchantements. La légende entre dans le détail de cette controverse théologique.

Je serais, je l'avoue, assez porté àcroire que son récit est fidèle; il y a des réponses de Cyrille qui portent la' marque d'un génie élevé et je ne puis m'empêcher d'en donner une idée.

Les Arabes font cette objection à Cyrille : « Le prophète Mahomet, disent-ils, nous a apporté une loi que nous observons tous sans la violer en rien : et vous , vous observez la loi du Christ, les uns d'une façon, les autres de l'autre. » Le philosophe répond : « Notre Dieu est comme l'immensité de la mer. Beaucoup de gens entrent dans cet abîme ; ceux qui sontforts le traversent, ceux qui sont faibles et qui s'efforcent de le traverser sur des bateaux pourris se noient. Mais vous, votre religion est commode : chacun peut la traverser, petit ou grand. »

Les Arabes interrogent Cyrille sur toutes les sciences qu'ils possèdent. Il répond à tout. « Comment sais-tu tout cela?)) — « Un homme, réplique le philosophe, portait de l'eau dans une outre ; et il se vantait disant : Voyez-vous cette eau que personne n'a excepté moi ? Vint un marin qui dit : N'as-tu pas honte de te vanter ainsi de ton outre ? Nous, nous avons la mer tout entière. Il en est ainsi de vous et de nous. »

Ces deux apologues sont bien dans le goût oriental, et prêtent au récit un grand caractère d'authenticité. Il ne me paraît pas qu'on ait pu les inventer. La légende a malheureusement oublié de nous dire en quelle langue discuta Contantin. Une nous est pas indifférent de savoir jusqu'à quel point il était versé dans les langues sémitiques. Il revint sain et sauf à Constantinople, malgré une tentative d'empoisonnement qui paraît peu vraisemblable de la part d'un peuple aussi hospitalier que les Arabes. Ce fait n'est rapporté que par deux légendes. Les autres l'oublient ou l'ignorent. Il n'a du reste dans la vie de l'apôtre des Slaves qu'une importance secondaire ; il prouve seulement que dès cette époque la science du jeune théologien lui avait acquis la faveur de la cour et qu'on le regardait comme un des meilleurs controversistes de son temps.

Il se rendit d'ailleurs célèbre par une discussion philosophique qu'il soutint tout jeune encore contre Photius, son ancien maître. C'était sous le patriarchat d'Ignace auquel Photius devait succéder en 857. Photius, dit lebiliothécaire Anastase, prêchait que l'homme

avait deux âmes {^vxn^Ttvi^Mot, — ■i^uxh ^oyirtn^^vxhccXoyoç).

Constantin le philosophe , homme d'une très-grande sainteté, son très-grand ami , le reprit en disant : « Pourquoi, en répandant une si grande erreur parmi le peuple, as-tu tué tant d'âmes ?» — Il répondit : « Ce n'est point par envie de blesser qui que ce soit que j'ai publié ces propositions , mais pour voir ce que ferait le patriarche Ignace, si de son temps se répandait quelque hérésie due aux syllogismes des philosophes,

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