‹ Cyrille et MéthodeChapitre 60 sur 142 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lui qui repousse les hommes de sagesse purement extérieure; mais j'ignorais que ces propositions blesseraient tant d'âmes. » — A quoi Constantin répondit : « 0 sagesse du monde qui s'égare et s'anéantit ellemême ! Tu as jeté ta flèche au miUeu d'une foule nombreuse et tu ne savais pas que tu blesserais quelqu'un ! Tout le monde sait que les yeux les plus grands et les plus ouverts ne peuvent voir si une fumée de paille s'élève devant eux. Ainsi les yeux de ta sagesse, quoique très-grands et très-ouverts, aveuglés par la fumée de -l'avidité et de l'ambition, ne peuvent voir le sentier delà justice. Ce que tu dis sans doute est vrai; tune pensais blesser personne par tes coups ; les passions que j'ai indiquées avaient tellement aveuglé ton cœur contre le patriarche, et tu n'as pas prévu ce que tu lâchais sur le monde (1). » Ce témoignage d'un contemporain à qui Constantin avait sans doute lui-même raconté la querelle est fort intéressant. Il prouve que Cyrille avait bien deviné l'ambitieux génie de son ancien maître : il nous exphque aussi la facilité, l'ardeur avec laquelle il quitta Constantinople toutes les fois qu'il en trouva l'occasion. Ses rapports avec Photius devinrent de plus en plus difficiles à mesure que se démasquait l'ambition croissante de ce dernier.

il) La doctrine de Photius sur les deux âmes s'était, suivant le récit de Simon Logothète, répandue jusque ciiez les Khazares. Un jour un secrétaire du khan vint diie à son maître : « Depuis que nos esclaves ont entendu dire qu'ils ont deux ùmes, ils demandent double ration. » (Sim. Log., éd. Paris, p. 445.) Sur le texte d'Anastase, d'où ceci est tiré, vovcz l'introduction.

Après avoir séjourné quelques mois à Constantinople, il alla retrouver son frère au monastère du Mont-Olympe. Ils pai'tageaient leur temps entre l'étude et les pratiques religieuses. Sur ces entrefaites, arrivèrent à Constantinople des envoyés du khan des Khazares. Cet événement eut, comme nous allons voir, les plus grandes conséquences sur la destinée des deux frères.

Les Khazares étaient un peuple touranien. Des témoignages positifs ne nous laissent aucun doute à cet égard. Ainsi nous savons par Constantin Porphyrogénète (1) que chez eux Sarkel veut dire : maison blanche. Ce mot subsiste encore avec le même sens dans la langue des Tchouvaches. Le chef khasare porte dans la légende le titre de khan (kagan). Le roi Joseph, dans la lettre au rabbin Hasdaï;, dont il sera question plus bas, dit que les Khazares sont de même race que les Bulgares (2) . Enfm un écrivain arabe déclare formellement que leur langue différait de celle des Russes (3). Leur siège primitif était entre la mer Caspienne et la mer Noire, dans un pays que les chroniqueurs bizantins appellent, on ne sait trop pourquoi, Berzeha (4). Au milieu du vu'' siècle, ils s'avancèrent vers l'Occident, soumirent les Bulgares et les pays voisins du Pont (5), puis imposèrent tribut aux Slaves, Polanes,

(1) C. p., de Imp. rom., c. xlii.

(2) Voyez plus bas.

(3) Ibn. Kaiikal, ap. Frâhnc de Khasaris, p. 2'

(4) ThéophyL, éd. Paris, p. 298.

(5) Théopbyl., ibid.

Page 1