‹ Cyrille et MéthodeChapitre 65 sur 142 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

née 836 , époque où Luitprand succéda à Adalram. Les bons rapports de Privina avec Ratbod ne durèrent pas longtemps . Il se retira en Bulgarie avec son fils Kocel, puis ensuite chez un prince slave Ratimir, puis enfin chez le comte Salacho, en Carinthie. Grâce à l'entremise de ce dernier, Louis le Germanique lui accorda un fief sur les bords du lac Balaton (1). Privina y bâtit une ville qui prit le nom germanique de Moosbourg (aujourd'hui Szalavar?) Un peu plus tard, Louis le Germanique lui accorda la pleine possession de ce fief, en réservant seulement les domaines de l'archevêque de Salzbourg. Cette principauté paraît avoir été assez vaste puisqu'elle comprenait la ville de Cinq-Éghses , (Quinque BasiUcas, Fûnfkirchen), assez éloignée du lac Balaton.

Ce dernier nom (de Cinq-Eglises) semble prouver que le christianisme et l'organisation ecclésiastique avaient fait de grands progrès chez les Slaves de ces régions. Trente églises furent consacrées dans l'Etat de Privina par les évoques Adalram et Luitprand (dont trois à Moosburg.) Jaloux d'assurer le monopole du clergé germanique , l'évêque de Salzbourg défendit qu'aucun ecclésiastique étranger séjournât plus de trois mois dans son diocèse sans une permission spéciale de l'évêque dont il dépendait.

Les progrès du christianisme ne paraissent pas avoir été aussi rapides dans les pays voisins. N'oublions pas du reste que les prêtres allemands qui nous ont laissé

(1) Le nom du lac Baldton est sla\e: Blato veut dire la boue, le ma* rais.

l'histoire de Privina ont peut-être exagéré Tœuvre de leurs prédécesseurs, et ne prêtons pas une foi absolue à leurs assertions. La docilité que Privina témoignait aux Allemands et à leurs évêques ne lui concilia point à ce qu'il paraît les sympathies de ses sujets , car il mourut assassiné vers 860. Son fils Kocel lui succéda.

Moïmir n'avait pas été aussi favorable aux Allemands : cependant le christianisme s'était introduit dans ses Etats, il l'avait peut-être embrassé lui-même. Mais la conversion des Moraves, due à un clergé étranger, hostile même, célébrant l'office dans une langue à demimorte et à coup sûr inconnue de la masse du peuple, était bien loin d'être complète. Témoin le concile de Mayence, qui en 852 déclarait la IMoravie ge7îs rudis adhuc christianitatis (1).

Louis le Germanique résolut de se débarrasser de Moïmir : il parvint on ne sait trop comment à lui substituer son neveu Rastislav, ou Rastiz(84G), comme on l'appelle indifféremment (2J. Il espérait trouver en lui un vassal docile et dévoué : il se trompait. Le premier soin de Rastiz fut de prendre des mesures énergiques pour établir l'indépendance de son pays. Il s'assura l'alliance des Bulgares et se prépara à la lutte. Louis le prévint , et en 855 envahit la Moravie avec une armée considérable. Il fut battu. Rastiz le poursuivit jusqu'en dehors des frontières moraves, pillant et ravageant tout sur son passage. Cette victoire garantissait l'indépendance matérielle de la Moravie : mais ce

(i) Pertz, m, p. 414.

(2) Ann Fuld., Pertz, î, 364.

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