‹ Cyrille et MéthodeChapitre 66 sur 142 · CHAP[TRE IV · texte numérisé non relu

CHAP[TRE IV

n'était point assez ; il fallait assurer son indépendance morale et religieuse, et pour cela il fallait rompre nettement avec le clergé germanique qui avait jusqu'alors évangélisé les Slaves. Qu'on ne l'oublie pas: depuis l'avènement des Carlovingiens une alliance offensive et défensive avait été conclue entre l'Eglise romaine et l'empire germanique ; l'empereur prêtait au pape l'appui de ses armes ; le pape prêtait à l'empereur le prestige de son autorité spirituelle. Cette alliance , dictée aux Carlovingiens par une pensée toute politique, a eu sans doute d'heureux résultats qu'il est impossible de contester : elle en a eu de déplorables sur lesquels on n'a peut-être pas assez insisté. Si elle favorisa l'ambition des conquérants germains , si en certains cas elle prépara les voies au christianisme, elle nuisit plus d'une fois à son expansion. Tour à tour défenseur dévot et humble serviteur de V Église^ souverain couronné par la grâce de Dieu (divino nutu), chef de V empire romain, sérénissime Auguste (1), l'Empereur apparut aux peuples païens la croix dans une main, le glaive dans l'autre. Il est tout naturel que le glaive ait fait détester la croix. Les peuples, surtout les Slaves, ne virent dans les missionnaires germaniques que les apôtres d'un système de conquête et de sanglante conversion. La haine des Allemands entraîna comme une conséquence naturelle la haine ou du moins la défiance du christianisme. Le sentiment national et le sentiment religieux s'unirent contre les conquérants. Ecoutez

(1) Baluzc, Capit , tom. i, p. 479, 247.

plutôt les plaintes du héros tchèque excitant ses soldats contre ce conquérant étranger , ce kral (karl ?) qui a chassé les éperviers des forêts bohèmes, qui a coupé les arbres sacrés et prétend importer par la force les dieux de la terre étrangère (1). Lisez Thistoire des Slaves du Nord, non pas dans les travaux modernes, chez Schafarik ou Hilferding que l'on accusera peut-être de partialité nationale et religieuse ; mais dans Adam de Brème, dans Thitmar, dans Helmold : vous les verrez lutter tout à la fois contre l'empire et le christianisme, et envelopper l'un et l'autre dans une égale haine ; pour eux le baptême n'est que la consécration de l'esclavage, l'anéantissement de la vie politique et de la nationalité.

L'alliance de l'empire et de l'Église eut encore une autre conséquence : elle précipita le schisme de Constantinople : les empereurs d'Orient ne purent admettre que l'empire germanique eût seul le privilège d'employer l'Église comme instrument de conquête et de propagande. Il leur fallut aussi un pape : le pape de Rome avait fait l'empereur germain. Les empereurs de Byzance firent la papauté grecque. Ils ne faisaient qu'imiter Charlemagne et précéder les tsars de Russie, qui, eux aussi, voudront plus tard avoir une église à eux.

Rastiz avait évidemment compris quel intérêt il avait à rejeter franchement les missions germaniques : il voulait avoir son Église slave , il y trouvait double pro-

(1) Chants héroïques des Slaves de Bohême^ p. 64, 65,

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