CHAPITRE IV
fit : rejeter toute ingérance de l'étranger ; affermir son peuple dans la foi qu'il professait lui-même^ et en assurer l'indépendance par l'organisation d'un clergé national. Ce clergé, il n'en avait pas chez lui les éléments , aurait-il pu aller les demander à Rome? La papauté alliée de l'empire germanique ne se fût sans doute pas volontiers prêtée aux vues de Rastiz. Elle avait , d'ailleurs , peu ou point de prêtres slaves sous la main (1). Mais il savait que Constantinople était entourée de Slaves chrétiens, dont la langue était à peu près celle de son peuple. Il était tout naturel qu'il s'adressât à l'empire d'Orient. Dans son esprit n'entrait aucune idée de schisme. Constantinople n'avait pas encore rompu avec Rome : ce n'était pas la suprématie du pontife catholique , mais la domination du clergé allemand , dont Rastiz voulait secouer le joug. Peut-être aussi espérait-il trouver dans les Grecs de Byzance des alliés naturels contre les Allemands. Il envoya donc des députés à Constantinople (2).
(1; La letlie du pape Adrien, citée plus bas, affirme que Rastiz s'adressa d'abord au Saint-Siège, mais elle ne dit pas (juelle l'éponse il en l'eçut. Peut-ètie fut-ce le Pape qui l'engagea à s'adresser à Constantinople.
(2) C'est une question secondaire de savoir si Svatopluk, le neveu de Rastiz, qui avait une principauté de ses États , et Kocel, le tils de Pri\ina, en envoyèrent aussi, comme le veulent Nestor et la légende paniionienne. i*our Kocel, qui fut plus tard très favorable à Méthode, le fait paraît fort admissible. Quant à Svatopluk, sa conduite avec les Germains et sa manière d'agir plus tard avec Méthode rendent la chose moins pr(>bablc. On peut cependant supposer qu'il se joignit à son oncle, dan*^ le désir de lui ètie agréable, au lendemain de ses victoires contre les Allemands. La Vie de Comtantin dit (jue Rastiz
Us étaient chargés de demander un homme capable d'affermir ses sujets dans la foi et de leur apprendre à lire les livres sacrés dans leur langue maternelle , le slave (1). Autant que possible, cet homme devait être un haut dignitaire de l'Église, un évêque par exemple, dont l'autorité spirituelle pût contrebalancer celle du clergé allemand (2). A son titre, il devait joindre les qualités d'un théologien habile , car la Moravie était devenue le champ de bataille de missionnaires grecs , italiens et allemands dont les doctrines étaient loin de s'accorder ensemble (3).
Il serait important de déterminer la date de cette ambassade de Rastiz. Aucune légende ne nous la donne et nous ne pouvons la fixer qu'approximativement. La vie slave de Constantin déclare qu'elle fut reçue par Bardas, lequel mourut en 866 (4). Nous savons d'autre part que Constantin et Méthode quittè-
avait tenu conseil avec les princes de Moravie. Rastiz n'était pas le seul prince morave. Des princes secondaires se partageaient le pays: mais les noms de Svalopluk et de Kocel nous sont seuls parvenus.
(1) Translat., c, vn.-Cf. Lég. mor.. Vie slave de Méth., ch. v. — Vie de Const., ch. xiv
(2) Vie de Const., ih.
(3) Cette anarchie de doctrine fut, d'apiès la Vie de Constantin un des motifs qui décidèrent Rastiz à demander de nouveaux missionnaires Ce fut le même fait qui/vei's 866, décida le roi bulgare Michel Boris à demander au pape de nouveaux missionnaires romains. Respansa Nicolaï ad consulta Balgarorum^ ch cvi : « Asserentes quod in patriam vestram multi ex diversis locis chiistiani advenerint, qui, prout voluntas eorum exstilit, multaet varia loquuntur , i e Graeci, Armeni, el ex caeteris locis. »
(4) Theophanes continuât., édit. Bonn., p 238.